- Les produits bruts versés à des non-résidents (redevances, études, assistance technique, location d’équipements, intérêts, commissions, honoraires, services utilisés au Maroc) subissent une retenue à la source de 10 % (CGI art. 15, 19-IV-B et 73-II-B-1°).
- La retenue est opérée par le payeur marocain sur le montant brut hors TVA ; elle est versée au receveur dans le mois qui suivant le paiement, avec un bordereau-avis (art. 160 et 174).
- Si le non-résident est payé par un tiers non résident, l’impôt est dû par l’entreprise cliente au Maroc (art. 160-II).
- Les conventions fiscales peuvent réduire ou supprimer la retenue ; elles se combinent avec la réglementation des changes (règlement net d’impôt).
Votre entreprise paie un cabinet étranger, un éditeur de logiciels, un prestataire de services informatiques, une société du groupe : avant le virement, une question fiscale doit être tranchée : faut-il retenir un impôt à la source ? Le CGI répond par une liste de produits et un taux unique de 10 %. Faute de retenue, le payeur marocain devient redevable de l’impôt non versé.
Les produits visés (art. 15)
Sont soumis à la retenue les produits bruts versés, mis à disposition ou inscrits en compte de personnes physiques ou morales non résidentes au titre de :
- redevances de droits d’auteur sur œuvres littéraires, artistiques ou scientifiques, films cinématographiques et de télévision ;
- redevances de licence de brevets, dessins et modèles, plans, formules et procédés secrets, marques de fabrique ou de commerce ;
- fourniture d’informations scientifiques, techniques ou autres, et travaux d’études effectués au Maroc ou à l’étranger ;
- assistance technique ou mise à disposition de personnel auprès d’entreprises domiciliées ou exerçant au Maroc ;
- activités artistiques ou sportives et rémunérations analogues ;
- location d’équipements de toute nature ;
- intérêts de prêts et autres placements à revenu fixe ;
- transport routier de personnes ou de marchandises du Maroc vers l’étranger, pour la partie du trajet parcourue au Maroc ;
- commissions et honoraires ;
- prestations de toute nature utilisées au Maroc ou fournies par des personnes non résidentes.
Le dernier alinéa est très large : la plupart des services payés à l’étranger entrent dans le champ.
Le taux : 10 %
Le taux est fixé à 10 % du montant des produits bruts, hors TVA (art. 19-IV-B pour les personnes morales, art. 73-II-B-1° pour les personnes physiques non résidentes). Les dividendes versés à des non-résidents sont aussi retenus à 10 % (voir transfert de dividendes).
| Cas | Retenue |
|---|---|
| Redevance de licence logicielle | 10 % |
| Honoraires d’un cabinet de conseil étranger | 10 % |
| Intérêts d’un prêt de la maison mère | 10 % (revenu fixe, voir note ci-dessous) |
| Dividendes | 10 % |
| Paiement d’un fournisseur de marchandises importées | Hors champ (douane et TVA à l’import) |
Note : certains produits de placement à revenu fixe (art. 14) sont soumis à 20 % lorsqu’ils sont versés à des résidents ; l’article 15-VII vise les intérêts versés aux non-résidents, à 10 %.
Qui retient, et quand verser ?
- La retenue est opérée pour le compte du Trésor par les contribuables payant ou intervenant dans le paiement (art. 160-I).
- Si le non-résident est payé par un tiers non résident, l’impôt est dû par l’entreprise ou l’organisme client au Maroc (art. 160-II).
- Le versement a lieu dans le mois suivant celui du paiement, à la caisse du receveur de l’administration fiscale, avec un bordereau-avis daté et signé (art. 174).
- La retenue est déclarée dans la déclaration annuelle des rémunérations et honoraires versés à des tiers.
Exemple chiffré
Une société marocaine paie en mars à un éditeur européen 40 000 EUR (432 000 MAD à 10,80) pour une licence annuelle de logiciel. Le contrat est muet sur les impôts : le transfert porte sur le montant net d’impôt (règle de change).
| Poste | Montant (MAD) |
|---|---|
| Montant brut facturé | 432 000 |
| Retenue à la source 10 % | 43 200 |
| Net viré à l’éditeur | 388 800 |
| Versement de la retenue au receveur | avant le 30 avril : 43 200 |
Si le contrat prévoit que l’impôt marocain est à la charge de la société marocaine (clause « net d’impôt »), la base est reconstituée : pour que l’éditeur perçoive 432 000 net, le brut est 432 000 ÷ 0,90 = 480 000, la retenue 48 000 et la charge totale 480 000. Cette clause alourdit le coût de 11 %.
Conventions fiscales
Le Maroc a conclu de nombreuses conventions de non-double imposition. Elles peuvent :
- plafonner ou supprimer la retenue (par exemple sur les redevances, les intérêts, les dividendes) ;
- définir l’établissement stable : si le prestataire en dispose au Maroc, il est imposé comme une société résidente.
Pour bénéficier de la convention, le non-résident fournit une attestation de résidence fiscale de son pays. La banque ou l’administration peuvent la demander. Sans attestation, appliquez la retenue de droit interne, quitte à demander la restitution par le bénéficiaire.
Articulation avec la réglementation des changes
La banque exécute les règlements en conformité avec les dispositions fiscales : lorsque l’impôt est à la charge du non-résident, le règlement porte sur le montant net d’impôt (IGOC, chapitre I). Sans mention contractuelle, le transfert est donc net. Le contrat de prestation doit indiquer qui supporte les impôts marocains.
Comptabilité
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 6136 Rémunérations d’intermédiaires et honoraires (ou autre charge) | 432 000 | |
| 4411 Fournisseurs | 388 800 | |
| 4452 État, impôts, taxes et assimilés (retenue à la source) | 43 200 |
Le versement au receveur solde le 4452. La charge reste le montant brut, déductible si les conditions de justification sont remplies.
Qualifier le paiement : un arbre de décision en cinq questions
La difficulté pratique n’est pas le taux (10 %), mais la qualification du paiement. Avant chaque virement, passez les cinq questions dans l’ordre :
- Le bénéficiaire est-il non résident ? Une succursale ou un établissement stable au Maroc est imposé comme un résident : la retenue ne s’applique pas à ses recettes locales, mais elle peut s’appliquer à ce qui est versé à son siège à l’étranger.
- S’agit-il d’un achat de marchandises ? Un bien importé relève de la douane et de la TVA à l’importation : pas de retenue de l’article 15.
- Le service entre-t-il dans l’un des dix cas listés ? Redevance, assistance technique, études, location d’équipements, intérêts, commissions, honoraires, ou, par le dernier alinéa, toute prestation utilisée au Maroc.
- Une convention de non-double imposition s’applique-t-elle ? Si oui, son taux ou son exonération prévaut sur le droit interne, sur présentation de l’attestation de résidence fiscale.
- Qui supporte l’impôt dans le contrat ? La réponse détermine la base de calcul (net ou brut).
Quelques paiements courants, classés avec cette grille :
| Paiement | Nature | Retenue de droit interne ? |
|---|---|---|
| Licence d’utilisation d’un logiciel de gestion | Redevance de licence | Oui, 10 % |
| Abonnement à une plateforme en ligne utilisée par vos équipes | Prestation utilisée au Maroc | Oui, 10 % (la TVA est un sujet distinct) |
| Achat de matériel informatique livré par un fournisseur étranger | Marchandise importée | Non (douane et TVA à l’import) |
| Honoraires d’un avocat établi à l’étranger | Honoraires | Oui, 10 % |
| Frais d’une formation suivie à l’étranger par un salarié | Prestation de toute nature | À analyser avec la convention applicable |
| Intérêts d’un prêt de la maison mère | Intérêts | Oui, 10 % (voir la note sur l’article 15-VII) |
| Location d’une machine à un bailleur étranger | Location d’équipements | Oui, 10 % |
| Commission versée à un agent commercial à l’étranger | Commission | Oui, 10 % |
Quand un contrat mélange plusieurs prestations (licence, installation, formation, maintenance), demandez au prestataire une facture ventilée : chaque poste est qualifié séparément et la retenue ne frappe que ceux qui la justifient. Une facture globale expose à la retenue sur la totalité.
Un exemple avec une convention fiscale
Hypothèse purement illustrative : une convention plafonne la retenue sur les redevances à 5 % (le taux réel dépend de la convention applicable : vérifiez son texte). Une société marocaine paie 200 000 MAD de redevances à une société résidente de l’autre État.
| Poste | Droit interne | Avec la convention |
|---|---|---|
| Redevance brute | 200 000 | 200 000 |
| Retenue | 20 000 (10 %) | 10 000 (5 %) |
| Net viré | 180 000 | 190 000 |
| Pièce à conserver | Attestation de résidence fiscale de l’année du paiement |
L’économie est de 10 000 MAD pour le prestataire (ou pour le payeur si la clause « net d’impôt » lui fait supporter l’impôt). Elle suppose l’attestation avant le paiement : une régularisation ultérieure suppose une demande de restitution, longue et incertaine.
Les conséquences d’un versement tardif ou omis
Le payeur est le redevable de la retenue, et les sanctions de l’article 208 sont aggravées pour les droits retenus à la source (articles 156 à 160 ter) : la pénalité est de 20 % (au lieu de 10 %), à laquelle s’ajoutent la majoration de 5 % pour le premier mois de retard et de 0,50 % par mois ou fraction de mois supplémentaire.
Reprenons la retenue de 43 200 MAD de l’exemple, payée avec 45 jours de retard (deux mois ou fractions de mois) :
| Élément | Calcul | Montant (MAD) |
|---|---|---|
| Retenue due | 43 200 | |
| Pénalité de 20 % | 43 200 × 20 % | 8 640 |
| Majoration, premier mois | 43 200 × 5 % | 2 160 |
| Majoration, mois supplémentaire | 43 200 × 0,50 % | 216 |
| Total à payer | 54 216 |
Soit 25 % de plus que la retenue elle-même. Et si la retenue n’a jamais été opérée, le coût peut en outre porter sur la déductibilité de la charge, selon les conditions de justification. Voir l’article sur les sanctions et pénalités.
Une procédure interne en huit étapes
| Étape | Responsable | Quand |
|---|---|---|
| 1. Réception de la facture et du contrat | Achats | À la réception |
| 2. Qualification du paiement (arbre de décision) | Comptabilité | Avant l’approbation |
| 3. Demande de l’attestation de résidence fiscale si convention | Comptabilité | Avant le paiement |
| 4. Calcul de la retenue, du brut, du net, de l’autoliquidation de TVA | Comptabilité | Avant le paiement |
| 5. Contrôle de conformité de change (contrat, justificatifs) | Trésorerie | Avant le paiement |
| 6. Approbation par le dirigeant ou le directeur financier | Direction | Avant le paiement |
| 7. Paiement net et enregistrement de la retenue (compte 4452) | Trésorerie, comptabilité | Date du paiement |
| 8. Versement de la retenue avec le bordereau-avis | Comptabilité | Dans le mois qui suit le paiement |
Pour un paiement effectué le 12 mars, la retenue doit être versée au plus tard le 30 avril. Un échéancier alimenté par chaque paiement à l’étranger évite l’oubli, qui est le défaut de contrôle le plus fréquent.
Les clauses du contrat à vérifier
| Clause | Rédaction recommandée |
|---|---|
| Prix | Précisé « net » ou « brut » d’impôts marocains, sans ambiguïté |
| Retenue à la source | Le payeur opère la retenue légale et remet au prestataire l’attestation de versement |
| Convention fiscale | Le prestataire fournit chaque année son attestation de résidence fiscale |
| TVA | Prix hors TVA marocaine, autoliquidation par le client |
| Devise et change | Devise de facturation, règlement par virement bancaire, taux retenu |
| Détail des prestations | Ventilation par nature (licence, formation, maintenance) |
Le prestataire a intérêt à recevoir le justificatif de la retenue : il lui permet d’imputer l’impôt dans son pays selon la convention. Un payeur qui le fournit facilement évite les litiges sur le montant net.
Quatre cas pratiques
1. Le prestataire est payé par une société tierce non résidente. Une société marocaine bénéficie d’une prestation de conseil facturée et payée par la maison mère étrangère, qui la refacture ensuite. L’article 160-II prévoit que, lorsque le non-résident est payé par un tiers non résident, l’impôt est dû par l’entreprise ou l’organisme client au Maroc. La structure de refacturation ne supprime donc pas l’obligation : c’est la société marocaine, bénéficiaire de la prestation, qui doit déclarer et verser la retenue.
2. Le contrat est muet sur les impôts. Le prestataire facture 100 000 EUR et le contrat ne dit rien sur l’impôt. Par défaut, le règlement bancaire s’effectue net d’impôt : le prestataire reçoit 90 000 EUR et la société verse la retenue de 10 000 EUR au Trésor. Si le prestataire refuse cette lecture et exige 100 000 EUR net, l’impôt devient un coût supplémentaire pour la société, base reconstituée à 111 111 EUR. L’écart (11 111 EUR) justifie de trancher le point avant la signature.
3. Une facture mixte. Un fournisseur facture 60 000 EUR pour un logiciel (licence) et 20 000 EUR pour des journées d’installation sur site au Maroc. Les deux postes entrent dans le champ de l’article 15 (redevance et prestation utilisée au Maroc) et sont soumis à la retenue de 10 % ; en revanche, une facture qui inclurait aussi du matériel livré devrait isoler cette fourniture, hors champ de la retenue (régime douanier et TVA à l’importation).
4. Une régularisation après un contrôle. À l’issue d’une vérification, l’administration relève que des honoraires de 300 000 MAD versés à un cabinet étranger n’ont pas supporté de retenue. La société doit verser 30 000 MAD de retenue, majorés de la pénalité et des majorations de l’article 208 (20 %, plus 5 % le premier mois et 0,50 % par mois supplémentaire). Pour un retard de six mois, le total approche 30 000 × (1 + 0,20 + 0,05 + 5 × 0,005) = 38 250 MAD. La régularisation spontanée, avant toute notification, évite le risque de rehaussement sur d’autres postes.
Checklist avant chaque paiement à l’étranger
- Prestation décrite dans un contrat ou une facture détaillée.
- Identification du produit (article 15) et du taux applicable.
- Attestation de résidence fiscale si convention invoquée.
- Calcul de la retenue et de la TVA par autoliquidation (voir TVA).
- Conformité de change (contrat, justificatifs, règlement net).
- Bordereau-avis et versement dans le mois suivant.
- Conservation du dossier 10 ans.
Questions fréquentes
Quels paiements à l’étranger échappent à la retenue ?
Ceux qui ne rentrent pas dans la liste de l’article 15 (par exemple l’achat de marchandises importées, qui relève des droits de douane et de la TVA à l’import), et ceux que les conventions fiscales exonèrent ou réduisent sur justification de la résidence du bénéficiaire. Les prestations rendues entièrement à l’étranger pour des besoins non utilisés au Maroc posent la question de leur taxation : un conseil est utile.
Sur quelle base calculer la retenue ?
Sur le montant brut hors TVA des produits versés, mis à disposition ou inscrits en compte au profit du non-résident (art. 15 et 19-IV-B). Si le contrat met l’impôt à la charge du Maroc ou du payeur, la base est reconstituée : le montant brut se calcule à partir du net.
Que se passe-t-il si je ne retiens pas ?
Le payeur est personnellement redevable des sommes non versées, avec pénalité de 20 % et majorations de retard (art. 198 et 208) ; la charge peut aussi être contestée en déduction si les justificatifs manquent.
Comment appliquer une convention fiscale ?
En demandant au non-résident une attestation de résidence fiscale délivrée par son administration, et en appliquant le taux conventionnel s’il est plus favorable. Conservez l’attestation avec le dossier de paiement.
- CGI 2026, art. 4 et 15 — produits bruts perçus par les non-résidents
- CGI 2026, art. 19-IV-B et 73-II-B-1° — taux de 10 %
- CGI 2026, art. 160 et 174 — retenue et versement
- Office des Changes, IGOC 2026, chapitre I — règlement net d’impôt
Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.
Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.