- Le coût d’achat comprend le prix d’achat et les frais d’approche ; le coût de production ajoute main-d’œuvre et charges de production ; le coût de revient ajoute les charges de distribution et d’administration.
- Les charges directes s’affectent sans ambiguïté à un produit ; les charges indirectes se répartissent par des clés (heures machine, main-d’œuvre, quantités).
- Le prix de vente se construit à partir du coût de revient majoré de la marge visée, puis se confronte au prix du marché.
- Ne pas sous-estimer les charges indirectes : c’est la première cause de prix de vente insuffisants.
Fixer un prix sans connaître son coût de revient revient à naviguer sans carte. Beaucoup de PME marocaines vendent à « un prix du marché » sans savoir si chaque produit rapporte ou coûte de l’argent. La méthode du coût complet répond à cette question en trois étapes : coût d’achat, coût de production, coût de revient.
Les trois niveaux
| Niveau | Contenu | Formule |
|---|---|---|
| Coût d’achat | Prix d’achat net + frais d’approche (transport, douane, assurance, manutention) | Prix d’achat HT + frais d’achat |
| Coût de production | Coût d’achat des matières consommées + main-d’œuvre directe + charges indirectes de production | Matières + MOD + CIP |
| Coût de revient | Coût de production des produits vendus + charges de distribution + charges d’administration | Coût de production + CD + CA |
On parle de coût hors TVA : la TVA récupérable n’est pas un coût.
Charges directes et indirectes
- Directes : s’affectent immédiatement à un produit (matière première d’un lot, heures de travail d’une commande).
- Indirectes : concernent plusieurs produits (loyer de l’atelier, électricité, encadrement, entretien). Elles se répartissent par des clés : heures machine, heures de main-d’œuvre, surface, quantité produite, valeur des matières.
Cas : un atelier de menuiserie
Un atelier fabrique deux produits : des portes (A) et des fenêtres (B). Données du mois :
| Poste | Portes (A) | Fenêtres (B) | Total |
|---|---|---|---|
| Quantité produite et vendue | 200 | 300 | |
| Matières directes (MAD) | 80 000 | 120 000 | 200 000 |
| Heures de main-d’œuvre directe | 1 000 | 1 400 | 2 400 |
| Taux horaire de MOD (MAD) | 40 | 40 | |
| Heures machine | 600 | 900 | 1 500 |
| Charges indirectes de production (loyer atelier, énergie, entretien, amortissements) | 90 000 | ||
| Charges de distribution (commerciaux, livraison) | 36 000 | ||
| Charges d’administration | 24 000 |
Étape 1 : charges directes
- MOD A = 1 000 × 40 = 40 000 ; MOD B = 1 400 × 40 = 56 000.
Étape 2 : charges indirectes de production réparties selon les heures machine (1 500 h) : taux = 90 000 ÷ 1 500 = 60 MAD par heure machine.
- A : 600 × 60 = 36 000 ; B : 900 × 60 = 54 000.
Étape 3 : coût de production
| A | B | |
|---|---|---|
| Matières | 80 000 | 120 000 |
| MOD | 40 000 | 56 000 |
| Charges indirectes | 36 000 | 54 000 |
| Coût de production | 156 000 | 230 000 |
| Par unité | 780 | 766,67 |
Étape 4 : charges de distribution et d’administration réparties au prorata du coût de production (total 386 000) : distribution 36 000 ÷ 386 000 = 9,33 % et administration 24 000 ÷ 386 000 = 6,22 %.
- A : distribution 14 549 ; administration 9 699 ; B : distribution 21 451 ; administration 14 301.
Étape 5 : coût de revient
| A | B | |
|---|---|---|
| Coût de production | 156 000 | 230 000 |
| Distribution | 14 549 | 21 451 |
| Administration | 9 699 | 14 301 |
| Coût de revient total | 180 248 | 265 752 |
| Coût de revient unitaire | 901,24 | 885,84 |
L’effet du choix de la clé de répartition
Les charges indirectes de production (90 000 MAD) ont été réparties selon les heures machine. Une autre clé est possible : les heures de main-d’œuvre directe. Le résultat change :
| Portes (A) | Fenêtres (B) | Total | |
|---|---|---|---|
| Heures machine | 600 | 900 | 1 500 |
| Heures de main-d’œuvre directe | 1 000 | 1 400 | 2 400 |
| Clé de répartition | Taux | Charges indirectes de A | Charges indirectes de B | Coût de production par unité de A | par unité de B |
|---|---|---|---|---|---|
| Heures machine (cas de l’article) | 60 MAD/h | 36 000 | 54 000 | 780,00 | 766,67 |
| Heures de main-d’œuvre | 37,50 MAD/h | 37 500 | 52 500 | 787,50 | 761,67 |
La différence est modeste ici (moins de 1 % du coût de production), parce que les deux produits consomment des ressources dans des proportions voisines. Pour une entreprise dont les produits diffèrent fortement (un produit très mécanisé et un autre très manuel), le choix de la clé change sensiblement les coûts, et donc les prix et la décision de maintenir ou d’arrêter un produit.
Principe de choix : retenir la clé qui reflète le mieux la consommation réelle de la ressource coûteuse. Si les charges indirectes sont surtout des amortissements et de l’énergie de machines, les heures machine conviennent ; si elles sont surtout liées à la main-d’œuvre (encadrement, formation), les heures de main-d’œuvre sont plus pertinentes.
Coût complet ou coût variable : quelle décision ?
Le coût de revient complet répartit les charges fixes. Il sert à fixer un prix moyen qui couvre tous les coûts. Pour une décision ponctuelle (accepter une commande à prix réduit en période creuse), on raisonne en coût variable : seules les charges qui disparaîtraient si la commande n’était pas acceptée comptent.
| Produit A, pour une commande de 20 portes | Coût complet | Coût variable |
|---|---|---|
| Matières (400 MAD par porte) | 8 000 | 8 000 |
| Main-d’œuvre directe (200 MAD par porte) | 4 000 | 4 000 |
| Charges indirectes de production (180 MAD par porte) | 3 600 | 0 (fixes : déjà supportées) |
| Charges de distribution et d’administration | 2 400 | 0 |
| Total | 18 000 | 12 000 |
| Coût par porte | 900 | 600 |
Une commande proposée à 800 MAD la porte est inférieure au coût complet (900) mais supérieure au coût variable (600) : elle apporte 4 000 MAD de marge (20 × 200) qui contribuent à absorber les charges fixes. À condition que la capacité soit disponible et que le prix ne devienne pas la référence pour les autres clients, elle peut être acceptée. Le coût complet reste la référence de la politique de prix à long terme.
Établir un devis à partir du coût de revient
Une entreprise de menuiserie reçoit une demande pour 20 portes sur mesure. Elle calcule son prix à partir de son coût de revient.
| Poste | Calcul | Montant (MAD) |
|---|---|---|
| Matières (bois, quincaillerie) | 20 × 400 | 8 000 |
| Main-d’œuvre directe | 20 × 200 | 4 000 |
| Charges indirectes de production | 20 × 180 | 3 600 |
| Coût de production | 15 600 | |
| Charges de distribution et d’administration (13 %) | 13 % × 15 600 | 2 028 |
| Coût de revient | 17 628 | |
| Marge souhaitée (taux de marque de 25 % sur le prix de vente) | 17 628 ÷ 0,75 | |
| Prix de vente HT | 23 504 | |
| Marge | 23 504 − 17 628 | 5 876 |
| TVA à 20 % | 4 701 | |
| Prix TTC | 28 205 |
Le prix par porte est de 1 175 MAD HT. Si le client demande 10 % de remise (soit 2 350), la marge tombe à 3 526 MAD (16,7 % du prix), et l’entreprise doit décider si la commande reste intéressante (voir l’article sur la marge et le taux de marque).
Coût réel contre coût standard
Beaucoup d’entreprises calculent un coût standard (prévu) et le comparent au coût réel pour piloter les écarts. Reprenons la production de 20 portes :
| Poste | Standard | Réel | Écart | Cause possible |
|---|---|---|---|---|
| Matières | 8 000 | 8 900 | +900 | Hausse du prix du bois (+8 %) et chutes supplémentaires (+3 %) |
| Main-d’œuvre | 4 000 | 4 600 | +600 | Heures supplémentaires pour tenir le délai |
| Charges indirectes | 3 600 | 3 700 | +100 | Consommation d’énergie |
| Total | 15 600 | 17 200 | +1 600 | +10,3 % |
Décomposition de l’écart sur matières : écart sur prix = (prix réel − prix standard) × quantité réelle ; écart sur quantité = (quantité réelle − quantité standard) × prix standard. Cette analyse oriente l’action : renégocier les prix d’achat ou réduire les pertes en atelier. Un suivi mensuel des écarts significatifs est un levier de rentabilité.
Le coût horaire machine : un cas
Une machine coûte 480 000 MAD, amortie sur 8 ans (60 000 par an). Elle consomme 12 000 MAD d’énergie, 18 000 MAD d’entretien et 30 000 MAD d’assurance et de loyer de surface par an. Elle fonctionne 1 500 heures par an.
| Élément | Montant annuel (MAD) |
|---|---|
| Amortissement | 60 000 |
| Énergie | 12 000 |
| Entretien | 18 000 |
| Assurance et surface | 30 000 |
| Total | 120 000 |
| Coût horaire machine | 120 000 ÷ 1 500 = 80 MAD de l’heure |
Une commande qui mobilise la machine 40 heures se voit imputer 3 200 MAD de coût machine. Ce coût horaire sert à valoriser les travaux, à comparer l’achat à la sous-traitance (si un sous-traitant facture 65 MAD de l’heure, la sous-traitance est moins chère au taux d’utilisation de 1 500 heures ; si la machine tournait 2 400 heures, son coût horaire tomberait à 50 MAD).
Le coût de revient dans les comptes : les liens avec la comptabilité générale
| Sujet | Comptabilité analytique | Comptabilité générale |
|---|---|---|
| Charges incorporées | Charges de la période, retraitées | Toutes les charges de l’exercice |
| Amortissements | Peuvent être calculés sur la durée d’usage économique | Plan d’amortissement comptable |
| Stocks de produits finis | Valorisés au coût de production | Valorisés au coût de production (loi 9-88, art. 14) |
| Variation des stocks | Prise en compte dans les coûts | Comptes 713 |
| Résultat | Résultat analytique par produit ou activité | Résultat de l’exercice |
La réconciliation entre le résultat analytique et le résultat comptable (éléments non incorporés, charges supplétives) fait partie du dossier de fin d’année. Un écart inexpliqué signale une erreur de ventilation.
Les pièges à éviter
- Un coût de revient unique pour des produits très différents : la moyenne cache les produits déficitaires.
- Des clés de répartition anciennes qui ne reflètent plus l’activité.
- L’oubli des coûts cachés : retours, garanties, temps commercial, frais financiers sur stock.
- Décider au coût complet une commande ponctuelle : le coût variable est plus pertinent.
- Ne pas actualiser les coûts après une hausse de prix des matières.
Du coût de revient au prix de vente
Pour une marge de 25 % sur le prix de vente (taux de marque), le prix HT se calcule : coût de revient ÷ (1 − 0,25).
- A : 901,24 ÷ 0,75 = 1 201,65 MAD HT
- B : 885,84 ÷ 0,75 = 1 181,12 MAD HT
Si le marché plafonne les portes à 1 100 MAD HT, la marge réelle de A est (1 100 − 901,24) ÷ 1 100 = 18,1 % : il faut accepter une marge plus faible, réduire les coûts ou différencier l’offre.
Quelle méthode choisir ?
| Méthode | Principe | Usage |
|---|---|---|
| Coût complet | Tous les coûts répartis sur les produits | Tarification de long terme, rentabilité par produit |
| Coût variable | Seules les charges variables | Décisions de court terme, seuil de rentabilité |
| Coûts spécifiques / ABC | Charges indirectes réparties par activité | Entreprises à structure complexe |
| Coûts standards | Coûts prédéterminés, analyse d’écarts | Industrie, contrôle de gestion |
Écarts à surveiller
- Écart sur matières : prix payé différent du prix standard, ou consommation excédentaire.
- Écart sur main-d’œuvre : taux horaire ou temps.
- Écart d’activité : sous-activité qui laisse des charges fixes mal absorbées.
Mise en pratique dans une PME
- Cartographier les coûts : plan de comptes analytique avec un code produit ou activité.
- Choisir des clés de répartition simples et les justifier.
- Calculer chaque mois le coût de revient des 3 à 5 produits principaux.
- Confronter au prix de vente et à la marge visée.
- Réviser les prix et l’organisation quand les coûts dérivent.
- Alimenter le seuil de rentabilité et le budget.
Cas particuliers et situations limites
L’entreprise fabrique sur commande, avec des produits tous différents. Utiliser la méthode des coûts par commande : chaque affaire reçoit ses matières, ses heures et sa part de charges indirectes.
Les charges indirectes sont importantes. Une méthode par activités (ABC) répartit les coûts selon les facteurs réels (nombre de commandes, de livraisons) et corrige les distorsions de la répartition par heures.
La production est continue (chimie, agroalimentaire). La méthode des coûts par processus calcule un coût moyen par unité sur la période, avec la prise en compte des en-cours.
Le coût de revient est inférieur au prix de marché. L’entreprise dispose d’une marge de manœuvre ; sinon, arbitrer entre réduction des coûts, hausse du prix et arrêt du produit.
Le coût réel s’écarte durablement du coût standard. Réviser le standard : un standard trop optimiste ne permet pas de piloter.
Questions fréquentes
Quelle différence entre coût de production et coût de revient ?
Le coût de production couvre les charges liées à la fabrication (matières, main-d’œuvre de production, charges indirectes de l’atelier). Le coût de revient y ajoute les frais de distribution (commerciaux, transport) et d’administration rattachables au produit, c’est-à-dire tout ce qu’il a coûté jusqu’à la livraison au client.
Que faire des charges de structure (loyer du siège, direction) ?
Selon la méthode : en coût complet, on les répartit sur les produits par une clé raisonnable ; en coût variable, on les exclut du coût du produit et on les couvre via la marge sur coût variable (voir seuil de rentabilité).
Les amortissements entrent-ils dans le coût de revient ?
Oui en coût complet : l’amortissement du matériel de production fait partie du coût de production. En coût variable, il est exclu car il ne varie pas avec le volume.
Quel prix de vente fixer ?
Le coût de revient donne le plancher. Le prix résulte du coût, de la marge visée, de la valeur perçue par le client et du prix des concurrents. Si le marché n’accepte pas le prix couvrant le coût de revient, il faut agir sur les coûts ou sur l’offre.
Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.