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Notions de finance

Coût de revient : méthode de calcul pas à pas (coût d’achat, de production, de revient) avec un cas

Du coût d’achat au coût de revient : charges directes et indirectes, clés de répartition, prix de vente et marge. Exemple d’un atelier de production en MAD.

Publié le 11 min de lectureNiveau : IntermédiaireRédaction ExpertiseComptable.ma

En bref
  • Le coût d’achat comprend le prix d’achat et les frais d’approche ; le coût de production ajoute main-d’œuvre et charges de production ; le coût de revient ajoute les charges de distribution et d’administration.
  • Les charges directes s’affectent sans ambiguïté à un produit ; les charges indirectes se répartissent par des clés (heures machine, main-d’œuvre, quantités).
  • Le prix de vente se construit à partir du coût de revient majoré de la marge visée, puis se confronte au prix du marché.
  • Ne pas sous-estimer les charges indirectes : c’est la première cause de prix de vente insuffisants.

Fixer un prix sans connaître son coût de revient revient à naviguer sans carte. Beaucoup de PME marocaines vendent à « un prix du marché » sans savoir si chaque produit rapporte ou coûte de l’argent. La méthode du coût complet répond à cette question en trois étapes : coût d’achat, coût de production, coût de revient.

Les trois niveaux

Niveau Contenu Formule
Coût d’achat Prix d’achat net + frais d’approche (transport, douane, assurance, manutention) Prix d’achat HT + frais d’achat
Coût de production Coût d’achat des matières consommées + main-d’œuvre directe + charges indirectes de production Matières + MOD + CIP
Coût de revient Coût de production des produits vendus + charges de distribution + charges d’administration Coût de production + CD + CA

On parle de coût hors TVA : la TVA récupérable n’est pas un coût.

Charges directes et indirectes

  • Directes : s’affectent immédiatement à un produit (matière première d’un lot, heures de travail d’une commande).
  • Indirectes : concernent plusieurs produits (loyer de l’atelier, électricité, encadrement, entretien). Elles se répartissent par des clés : heures machine, heures de main-d’œuvre, surface, quantité produite, valeur des matières.

Cas : un atelier de menuiserie

Un atelier fabrique deux produits : des portes (A) et des fenêtres (B). Données du mois :

Poste Portes (A) Fenêtres (B) Total
Quantité produite et vendue 200 300
Matières directes (MAD) 80 000 120 000 200 000
Heures de main-d’œuvre directe 1 000 1 400 2 400
Taux horaire de MOD (MAD) 40 40
Heures machine 600 900 1 500
Charges indirectes de production (loyer atelier, énergie, entretien, amortissements) 90 000
Charges de distribution (commerciaux, livraison) 36 000
Charges d’administration 24 000

Étape 1 : charges directes

  • MOD A = 1 000 × 40 = 40 000 ; MOD B = 1 400 × 40 = 56 000.

Étape 2 : charges indirectes de production réparties selon les heures machine (1 500 h) : taux = 90 000 ÷ 1 500 = 60 MAD par heure machine.

  • A : 600 × 60 = 36 000 ; B : 900 × 60 = 54 000.

Étape 3 : coût de production

A B
Matières 80 000 120 000
MOD 40 000 56 000
Charges indirectes 36 000 54 000
Coût de production 156 000 230 000
Par unité 780 766,67

Étape 4 : charges de distribution et d’administration réparties au prorata du coût de production (total 386 000) : distribution 36 000 ÷ 386 000 = 9,33 % et administration 24 000 ÷ 386 000 = 6,22 %.

  • A : distribution 14 549 ; administration 9 699 ; B : distribution 21 451 ; administration 14 301.

Étape 5 : coût de revient

A B
Coût de production 156 000 230 000
Distribution 14 549 21 451
Administration 9 699 14 301
Coût de revient total 180 248 265 752
Coût de revient unitaire 901,24 885,84

L’effet du choix de la clé de répartition

Les charges indirectes de production (90 000 MAD) ont été réparties selon les heures machine. Une autre clé est possible : les heures de main-d’œuvre directe. Le résultat change :

Portes (A) Fenêtres (B) Total
Heures machine 600 900 1 500
Heures de main-d’œuvre directe 1 000 1 400 2 400
Clé de répartition Taux Charges indirectes de A Charges indirectes de B Coût de production par unité de A par unité de B
Heures machine (cas de l’article) 60 MAD/h 36 000 54 000 780,00 766,67
Heures de main-d’œuvre 37,50 MAD/h 37 500 52 500 787,50 761,67

La différence est modeste ici (moins de 1 % du coût de production), parce que les deux produits consomment des ressources dans des proportions voisines. Pour une entreprise dont les produits diffèrent fortement (un produit très mécanisé et un autre très manuel), le choix de la clé change sensiblement les coûts, et donc les prix et la décision de maintenir ou d’arrêter un produit.

Principe de choix : retenir la clé qui reflète le mieux la consommation réelle de la ressource coûteuse. Si les charges indirectes sont surtout des amortissements et de l’énergie de machines, les heures machine conviennent ; si elles sont surtout liées à la main-d’œuvre (encadrement, formation), les heures de main-d’œuvre sont plus pertinentes.

Coût complet ou coût variable : quelle décision ?

Le coût de revient complet répartit les charges fixes. Il sert à fixer un prix moyen qui couvre tous les coûts. Pour une décision ponctuelle (accepter une commande à prix réduit en période creuse), on raisonne en coût variable : seules les charges qui disparaîtraient si la commande n’était pas acceptée comptent.

Produit A, pour une commande de 20 portes Coût complet Coût variable
Matières (400 MAD par porte) 8 000 8 000
Main-d’œuvre directe (200 MAD par porte) 4 000 4 000
Charges indirectes de production (180 MAD par porte) 3 600 0 (fixes : déjà supportées)
Charges de distribution et d’administration 2 400 0
Total 18 000 12 000
Coût par porte 900 600

Une commande proposée à 800 MAD la porte est inférieure au coût complet (900) mais supérieure au coût variable (600) : elle apporte 4 000 MAD de marge (20 × 200) qui contribuent à absorber les charges fixes. À condition que la capacité soit disponible et que le prix ne devienne pas la référence pour les autres clients, elle peut être acceptée. Le coût complet reste la référence de la politique de prix à long terme.

Établir un devis à partir du coût de revient

Une entreprise de menuiserie reçoit une demande pour 20 portes sur mesure. Elle calcule son prix à partir de son coût de revient.

Poste Calcul Montant (MAD)
Matières (bois, quincaillerie) 20 × 400 8 000
Main-d’œuvre directe 20 × 200 4 000
Charges indirectes de production 20 × 180 3 600
Coût de production 15 600
Charges de distribution et d’administration (13 %) 13 % × 15 600 2 028
Coût de revient 17 628
Marge souhaitée (taux de marque de 25 % sur le prix de vente) 17 628 ÷ 0,75
Prix de vente HT 23 504
Marge 23 504 − 17 628 5 876
TVA à 20 % 4 701
Prix TTC 28 205

Le prix par porte est de 1 175 MAD HT. Si le client demande 10 % de remise (soit 2 350), la marge tombe à 3 526 MAD (16,7 % du prix), et l’entreprise doit décider si la commande reste intéressante (voir l’article sur la marge et le taux de marque).

Coût réel contre coût standard

Beaucoup d’entreprises calculent un coût standard (prévu) et le comparent au coût réel pour piloter les écarts. Reprenons la production de 20 portes :

Poste Standard Réel Écart Cause possible
Matières 8 000 8 900 +900 Hausse du prix du bois (+8 %) et chutes supplémentaires (+3 %)
Main-d’œuvre 4 000 4 600 +600 Heures supplémentaires pour tenir le délai
Charges indirectes 3 600 3 700 +100 Consommation d’énergie
Total 15 600 17 200 +1 600 +10,3 %

Décomposition de l’écart sur matières : écart sur prix = (prix réel − prix standard) × quantité réelle ; écart sur quantité = (quantité réelle − quantité standard) × prix standard. Cette analyse oriente l’action : renégocier les prix d’achat ou réduire les pertes en atelier. Un suivi mensuel des écarts significatifs est un levier de rentabilité.

Le coût horaire machine : un cas

Une machine coûte 480 000 MAD, amortie sur 8 ans (60 000 par an). Elle consomme 12 000 MAD d’énergie, 18 000 MAD d’entretien et 30 000 MAD d’assurance et de loyer de surface par an. Elle fonctionne 1 500 heures par an.

Élément Montant annuel (MAD)
Amortissement 60 000
Énergie 12 000
Entretien 18 000
Assurance et surface 30 000
Total 120 000
Coût horaire machine 120 000 ÷ 1 500 = 80 MAD de l’heure

Une commande qui mobilise la machine 40 heures se voit imputer 3 200 MAD de coût machine. Ce coût horaire sert à valoriser les travaux, à comparer l’achat à la sous-traitance (si un sous-traitant facture 65 MAD de l’heure, la sous-traitance est moins chère au taux d’utilisation de 1 500 heures ; si la machine tournait 2 400 heures, son coût horaire tomberait à 50 MAD).

Le coût de revient dans les comptes : les liens avec la comptabilité générale

Sujet Comptabilité analytique Comptabilité générale
Charges incorporées Charges de la période, retraitées Toutes les charges de l’exercice
Amortissements Peuvent être calculés sur la durée d’usage économique Plan d’amortissement comptable
Stocks de produits finis Valorisés au coût de production Valorisés au coût de production (loi 9-88, art. 14)
Variation des stocks Prise en compte dans les coûts Comptes 713
Résultat Résultat analytique par produit ou activité Résultat de l’exercice

La réconciliation entre le résultat analytique et le résultat comptable (éléments non incorporés, charges supplétives) fait partie du dossier de fin d’année. Un écart inexpliqué signale une erreur de ventilation.

Les pièges à éviter

  • Un coût de revient unique pour des produits très différents : la moyenne cache les produits déficitaires.
  • Des clés de répartition anciennes qui ne reflètent plus l’activité.
  • L’oubli des coûts cachés : retours, garanties, temps commercial, frais financiers sur stock.
  • Décider au coût complet une commande ponctuelle : le coût variable est plus pertinent.
  • Ne pas actualiser les coûts après une hausse de prix des matières.

Du coût de revient au prix de vente

Pour une marge de 25 % sur le prix de vente (taux de marque), le prix HT se calcule : coût de revient ÷ (1 − 0,25).

  • A : 901,24 ÷ 0,75 = 1 201,65 MAD HT
  • B : 885,84 ÷ 0,75 = 1 181,12 MAD HT

Si le marché plafonne les portes à 1 100 MAD HT, la marge réelle de A est (1 100 − 901,24) ÷ 1 100 = 18,1 % : il faut accepter une marge plus faible, réduire les coûts ou différencier l’offre.

Quelle méthode choisir ?

Méthode Principe Usage
Coût complet Tous les coûts répartis sur les produits Tarification de long terme, rentabilité par produit
Coût variable Seules les charges variables Décisions de court terme, seuil de rentabilité
Coûts spécifiques / ABC Charges indirectes réparties par activité Entreprises à structure complexe
Coûts standards Coûts prédéterminés, analyse d’écarts Industrie, contrôle de gestion

Écarts à surveiller

  • Écart sur matières : prix payé différent du prix standard, ou consommation excédentaire.
  • Écart sur main-d’œuvre : taux horaire ou temps.
  • Écart d’activité : sous-activité qui laisse des charges fixes mal absorbées.

Mise en pratique dans une PME

  1. Cartographier les coûts : plan de comptes analytique avec un code produit ou activité.
  2. Choisir des clés de répartition simples et les justifier.
  3. Calculer chaque mois le coût de revient des 3 à 5 produits principaux.
  4. Confronter au prix de vente et à la marge visée.
  5. Réviser les prix et l’organisation quand les coûts dérivent.
  6. Alimenter le seuil de rentabilité et le budget.

Cas particuliers et situations limites

L’entreprise fabrique sur commande, avec des produits tous différents. Utiliser la méthode des coûts par commande : chaque affaire reçoit ses matières, ses heures et sa part de charges indirectes.

Les charges indirectes sont importantes. Une méthode par activités (ABC) répartit les coûts selon les facteurs réels (nombre de commandes, de livraisons) et corrige les distorsions de la répartition par heures.

La production est continue (chimie, agroalimentaire). La méthode des coûts par processus calcule un coût moyen par unité sur la période, avec la prise en compte des en-cours.

Le coût de revient est inférieur au prix de marché. L’entreprise dispose d’une marge de manœuvre ; sinon, arbitrer entre réduction des coûts, hausse du prix et arrêt du produit.

Le coût réel s’écarte durablement du coût standard. Réviser le standard : un standard trop optimiste ne permet pas de piloter.

Questions fréquentes

Quelle différence entre coût de production et coût de revient ?

Le coût de production couvre les charges liées à la fabrication (matières, main-d’œuvre de production, charges indirectes de l’atelier). Le coût de revient y ajoute les frais de distribution (commerciaux, transport) et d’administration rattachables au produit, c’est-à-dire tout ce qu’il a coûté jusqu’à la livraison au client.

Que faire des charges de structure (loyer du siège, direction) ?

Selon la méthode : en coût complet, on les répartit sur les produits par une clé raisonnable ; en coût variable, on les exclut du coût du produit et on les couvre via la marge sur coût variable (voir seuil de rentabilité).

Les amortissements entrent-ils dans le coût de revient ?

Oui en coût complet : l’amortissement du matériel de production fait partie du coût de production. En coût variable, il est exclu car il ne varie pas avec le volume.

Quel prix de vente fixer ?

Le coût de revient donne le plancher. Le prix résulte du coût, de la marge visée, de la valeur perçue par le client et du prix des concurrents. Si le marché n’accepte pas le prix couvrant le coût de revient, il faut agir sur les coûts ou sur l’offre.

Rédaction ExpertiseComptable.ma

Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.

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