- Les entreprises dressent à la fin de chaque exercice un inventaire détaillé, en quantités et en valeurs, de leurs marchandises, matières et produits (CGI art. 145-II).
- Les biens fongibles sont évalués au coût moyen d’acquisition ou de production, ou selon la règle du premier entré, premier sorti ; la méthode ne change pas d’un exercice à l’autre sans justification (loi 9-88 art. 13 et 14).
- En inventaire intermittent, le stock initial est soldé par le compte 6114 « Variation de stocks de marchandises » et le stock final est constaté par le crédit du même compte.
- Une moins-value de stock se constate par une provision pour dépréciation : débit 6196, crédit 391.
Le stock est le poste qui concentre le plus d’erreurs de clôture : comptage approximatif, factures non encore reçues, marchandises en route, produits abîmés qui figurent toujours à leur prix d’achat. Or il pèse directement sur le résultat : chaque dirham de stock final en plus est un dirham de charges en moins. Voici la méthode complète, du comptage à l’écriture.
Ce que dit la règle
Trois textes encadrent le sujet.
- L’inventaire : à la fin de chaque exercice, l’entreprise établit des inventaires détaillés, en quantités et en valeurs, des marchandises, produits divers, emballages et matières consommables achetés pour la revente ou pour les besoins de l’exploitation (CGI art. 145-II). Les contribuables au résultat net simplifié y sont tenus aussi (art. 145-VI).
- L’entrée en stock : un bien acquis à titre onéreux est enregistré à son coût d’acquisition, un bien produit à son coût de production (loi 9-88 art. 14).
- La sortie et la valeur finale : les biens fongibles sont évalués soit à leur coût moyen d’acquisition ou de production, soit en considérant que le premier bien sorti est le premier bien entré (loi 9-88 art. 14). Les modalités d’évaluation retenues ne se modifient pas d’un exercice à l’autre ; si elles changent, la modification est décrite et justifiée dans l’état des informations complémentaires (art. 13).
Les personnes physiques soumises au régime simplifié peuvent, de plus, estimer leur stock à partir du prix de vente moins la marge pratiquée, ou à partir d’un coût estimé (art. 14).
Le coût d’entrée : ce qu’on inclut
| Élément | Dans le coût ? |
|---|---|
| Prix d’achat hors taxes récupérables | Oui |
| Droits de douane, transport sur achat, assurance, frais de réception | Oui |
| Remises et rabais obtenus (RRR) | Déduits |
| TVA récupérable | Non |
| Frais de stockage après réception, frais de vente | Non |
| Frais financiers | En principe non (traitement particulier pour les productions longues) |
Pour un bien produit, le coût de production comprend les matières consommées, la main-d’œuvre directe et une quote-part raisonnable des frais de production ; les frais généraux d’administration et de vente en sont exclus.
Les deux méthodes de sortie, sur un cas chiffré
Un négociant suit un article. Voici ses mouvements de l’exercice.
| Date | Mouvement | Quantité | Prix unitaire | Valeur |
|---|---|---|---|---|
| 1er janvier | Stock initial | 100 | 50 | 5 000 |
| Mars | Achat | 200 | 55 | 11 000 |
| Avril | Vente (sortie) | 150 | ||
| Septembre | Achat | 100 | 60 | 6 000 |
| Novembre | Vente (sortie) | 120 |
Quantité en stock au 31 décembre : 100 + 200 − 150 + 100 − 120 = 130 unités.
Coût moyen pondéré en fin de période
On divise le total des coûts (stock initial + achats) par le total des quantités disponibles : (5 000 + 11 000 + 6 000) / (100 + 200 + 100) = 22 000 / 400 = 55,00. Le stock final vaut 130 × 55 = 7 150.
Coût moyen pondéré après chaque entrée (inventaire permanent)
- Après l’achat de mars : 300 unités pour 16 000, soit 53,33 ; la sortie d’avril de 150 unités ramène le stock à 150 unités × 53,33 = 8 000.
- Après l’achat de septembre : 250 unités pour 8 000 + 6 000 = 14 000, soit 56,00 ; la sortie de novembre de 120 unités laisse 130 × 56 = 7 280.
Premier entré, premier sorti
Les sorties consomment d’abord les lots les plus anciens. Après avril, il reste 150 unités à 55 ; après septembre, 150 à 55 et 100 à 60 ; la sortie de novembre prélève 120 unités à 55. Il reste 30 unités à 55 et 100 unités à 60 : 1 650 + 6 000 = 7 650.
Comparaison
| Méthode | Stock final | Coût des marchandises vendues (22 000 − stock final) |
|---|---|---|
| Coût moyen en fin de période | 7 150 | 14 850 |
| Coût moyen après chaque entrée | 7 280 | 14 720 |
| Premier entré, premier sorti | 7 650 | 14 350 |
Sur le même flux physique, le résultat varie de 500 dirhams selon la méthode, parce que les prix montent au fil de l’année. La méthode n’est pas neutre : on la choisit une fois, on la documente, on la conserve.
Les écritures dans le CGNC
Le plan comptable distingue les stocks (classe 3) et leur variation (comptes 6114 pour les marchandises, 7131 et 7132 pour les produits). Le fonctionnement décrit par le plan est le suivant pour les marchandises :
- Au début de l’exercice, le compte de stock initial (3111 pour les marchandises du groupe A) est crédité pour être soldé, par le débit du compte 6114 « Variation de stocks de marchandises ». Le stock final de l’exercice précédent devient ainsi une charge de l’exercice.
- À la clôture, après l’inventaire extra-comptable, le compte de stock est débité du montant du stock final, par le crédit du compte 6114.
- Le solde de 6114 est la variation de stock : différence entre stock initial et stock final. Il peut être débiteur, créditeur ou nul, et figure dans le compte de produits et charges comme correcteur des achats.
Avec notre exemple (premier entré, premier sorti), pour des achats de marchandises de 17 000 enregistrés en 6111 (« Achats de marchandises ») :
| Compte | Débit | Crédit | Objet |
|---|---|---|---|
| 6114 Variation de stocks de marchandises | 5 000 | Annulation du stock initial | |
| 3111 Marchandises (groupe A) | 5 000 | ||
| 3111 Marchandises (groupe A) | 7 650 | Constatation du stock final | |
| 6114 Variation de stocks de marchandises | 7 650 |
Le solde de 6114 est créditeur de 2 650 : le stock a augmenté. Le coût d’achat des marchandises vendues se lit : achats 17 000 − variation 2 650 = 14 350, soit le résultat de la comparaison ci-dessus.
Pour les matières et fournitures, les comptes équivalents sont 3121 et 3122 (stocks) et le compte 6124 « Variation des stocks de matières et fournitures » pour leur variation. Pour les produits fabriqués, le stock de produits finis (3151) se mesure par les comptes de variation 7131 (produits en cours) et 7132 (biens produits).
L’inventaire permanent, qui suit chaque mouvement, relève de la comptabilité analytique (classe 9, compte 94) ; il n’alimente pas directement les états de synthèse mais facilite grandement le rapprochement avec l’inventaire physique.
La dépréciation d’un stock
À la date d’inventaire, la valeur actuelle du stock est comparée à sa valeur d’entrée. Seules les moins-values sont inscrites, sous forme de provision pour dépréciation lorsqu’elles ne sont pas définitives (loi 9-88 art. 14).
Les provisions pour dépréciation des stocks (3911 pour les marchandises, 3912 pour les matières et fournitures, 3915 pour les produits finis) sont créées ou augmentées par le débit du compte 6196 « Dotations d’exploitation aux provisions pour dépréciation de l’actif circulant » (compte 61961 pour les stocks), et réduites ou annulées par le crédit du compte 7196 « Reprises sur provisions pour dépréciation de l’actif circulant ».
Exemple : les 30 unités à 55 (1 650) ne se vendent plus qu’à 40 : moins-value probable de 30 × 15 = 450.
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 61961 D.E.P. pour dépréciation des stocks | 450 | |
| 3911 Provisions pour dépréciation des marchandises | 450 |
Si, l’année suivante, ces unités sont vendues à 52, la provision devient sans objet et se reprend : débit 3911, crédit 7196. Le traitement fiscal de cette provision (déductibilité, justification) est exposé dans l’article sur les provisions déductibles.
La méthode de clôture, pas à pas
- Geler les mouvements pendant le comptage, ou noter les entrées et sorties intervenues.
- Compter par équipes de deux, avec des fiches numérotées ; recompter les écarts importants.
- Valoriser chaque article selon la méthode retenue.
- Rapprocher le stock physique et le stock comptable ; expliquer chaque écart significatif.
- Vérifier la coupure : marchandises reçues sans facture (à rattacher), marchandises facturées non encore livrées (à retirer du stock du fournisseur ou du client), marchandises en route (compte 3116).
- Écarter les articles obsolètes, abîmés ou invendables : les déprécier ou les sortir.
- Passer les écritures de variation de stocks et de dépréciation.
- Archiver l’inventaire signé, les fiches de comptage et le calcul de valorisation avec le dossier de clôture.
Traiter les écarts d’inventaire : un exemple
Lors de l’inventaire physique de clôture, la comparaison entre le stock théorique (comptabilité) et le stock compté révèle des écarts.
| Référence | Stock théorique (unités) | Stock compté (unités) | Écart (unités) | Coût unitaire (MAD) | Valeur de l’écart (MAD) |
|---|---|---|---|---|---|
| A-101 | 480 | 470 | −10 | 120 | −1 200 |
| B-215 | 90 | 92 | +2 | 450 | +900 |
| C-330 | 1 200 | 1 150 | −50 | 18 | −900 |
| D-402 | 35 | 35 | 0 | 2 600 | 0 |
| E-518 | 60 | 52 | −8 | 340 | −2 720 |
| Total | −3 920 |
Le manquant net est de 3 920 MAD. Après vérification (erreurs de saisie, livraisons non enregistrées, casse, vol), l’écart est comptabilisé dans l’exercice :
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 6111 Achats revendus de marchandises (variation de stock, ou compte d’écart) | 3 920 | |
| 3111 Marchandises (ajustement du stock à la valeur comptée) | 3 920 |
Les écarts importants et répétés d’une référence (E-518 : 8 unités, 13 % du stock) sont analysés : erreur de gestion, vol, mauvaise unité de mesure. Un rapport d’écart de l’inventaire signé par le responsable du stock et le comptable constitue une pièce de contrôle.
Comparer CMUP et FIFO sur un second cas
Un article connaît les mouvements suivants :
| Date | Mouvement | Quantité | Prix unitaire (MAD) |
|---|---|---|---|
| 1er janvier | Stock initial | 100 | 50 |
| 15 février | Achat | 200 | 56 |
| 10 mai | Vente (sortie) | 150 | |
| 20 septembre | Achat | 100 | 62 |
| 15 novembre | Vente (sortie) | 120 |
Stock final : 100 + 200 − 150 + 100 − 120 = 130 unités.
FIFO (premier entré, premier sorti) :
- Sortie du 10 mai : 100 à 50 + 50 à 56 = 5 000 + 2 800 = 7 800.
- Sortie du 15 novembre : 120 unités sur les 150 restantes du lot du 15 février (à 56) = 6 720.
- Stock final : 30 à 56 + 100 à 62 = 1 680 + 6 200 = 7 880.
CMUP en fin de période (coût moyen pondéré sur toutes les entrées) :
- Coût moyen = (100 × 50 + 200 × 56 + 100 × 62) ÷ 400 = (5 000 + 11 200 + 6 200) ÷ 400 = 22 400 ÷ 400 = 56.
- Sorties : (150 + 120) × 56 = 15 120.
- Stock final : 130 × 56 = 7 280.
| Méthode | Coût des ventes | Stock final | Total |
|---|---|---|---|
| FIFO | 7 800 + 6 720 = 14 520 | 7 880 | 22 400 |
| CMUP | 15 120 | 7 280 | 22 400 |
Dans un contexte de hausse des prix, le FIFO valorise davantage le stock final (7 880 contre 7 280) et réduit le coût des ventes : le résultat est plus élevé de 600 MAD. La méthode choisie doit rester la même d’un exercice à l’autre (principe de permanence) et son effet est mentionné dans l’annexe si elle change.
Stock détenu chez des tiers ou en dépôt
| Situation | Traitement |
|---|---|
| Marchandises en dépôt-vente chez un client | Restent dans le stock du déposant jusqu’à la vente ; suivi par un état de dépôt, circularisé à la clôture |
| Marchandises en transit à la clôture | Incluses dans le stock si le transfert de propriété est intervenu (selon l’incoterm) |
| Stocks de tiers détenus chez l’entreprise (consignation reçue) | Exclus du stock ; suivis en hors bilan |
| Emballages consignés | Suivi distinct, valorisation selon le régime |
L’inventaire inclut ces situations dans un plan de comptage : liste des lieux de stockage, des tiers détenteurs, des confirmations à obtenir.
Questions fréquentes
Le stock est-il valorisé HT ou TTC ? Hors TVA : la TVA déductible n’entre pas dans le coût.
Un stock dormant doit-il être déprécié ? Oui si sa valeur d’inventaire est inférieure au coût ; la méthode (ancienneté, absence de mouvement) est écrite et constante.
L’inventaire permanent dispense-t-il de l’inventaire physique ? Non : l’inventaire physique de clôture reste nécessaire pour contrôler le stock théorique.
Le coût des emballages entre-t-il dans le coût des stocks ? Les emballages perdus font partie du coût de production ou d’achat des marchandises vendues ; les emballages récupérables suivent un régime distinct.
Erreurs fréquentes
- Oublier la coupure : un achat de décembre non enregistré fausse à la fois le stock et le résultat.
- Valoriser au prix de vente : le stock s’inscrit au coût, jamais à la valeur de vente (sauf régime simplifié autorisé).
- Changer de méthode pour améliorer le résultat sans le justifier.
- Laisser des articles morts à leur coût d’origine.
- Mélanger stocks de tiers (marchandises en dépôt chez vous) et stocks propres.
- Compter sans dater : un inventaire sans date de comptage ne prouve rien.
Questions fréquentes
Quelle méthode d’évaluation choisir : coût moyen ou premier entré, premier sorti ?
La loi 9-88 admet les deux pour les biens fongibles. Le coût moyen pondéré lisse les variations de prix et se calcule simplement ; le premier entré, premier sorti valorise le stock final aux prix les plus récents. Le choix doit rester le même d’un exercice à l’autre : tout changement est décrit et justifié dans l’état des informations complémentaires.
L’inventaire physique est-il obligatoire ?
Oui : les contribuables établissent à la fin de chaque exercice des inventaires détaillés, en quantités et en valeurs, des marchandises, produits divers, emballages et matières consommables achetés pour la revente ou pour l’exploitation (CGI art. 145-II). Un inventaire physique daté et signé, rapproché du stock comptable, en est la preuve.
Que faire d’un écart entre le stock physique et le stock comptable ?
Chercher d’abord l’origine (erreur de comptage, de saisie, de coupure de période, vol, casse). L’écart définitif se constate en comptabilité à la date d’inventaire : le stock comptable est ramené au stock physique, avec la contrepartie appropriée (variation de stocks, charge non courante pour un sinistre). L’écart et son explication sont conservés dans le dossier de clôture.
À quelle valeur doit-on inscrire un stock dont le prix a baissé ?
À la plus basse de deux valeurs : le coût d’entrée (coût moyen ou premier entré, premier sorti) et la valeur actuelle de réalisation à la date d’inventaire. Seule la moins-value est inscrite, sous forme de provision pour dépréciation si elle n’est pas définitive.
- Loi 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants, art. 13 et 14 — permanence des méthodes, évaluation des biens fongibles
- CGI 2026, art. 145-II — inventaires détaillés en quantités et en valeurs
- Plan comptable général des entreprises (CGNC) — comptes 311, 312, 315, 391, 6114, 6196, 7196
Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.
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