- Trois voies : payer comptant (immobilisation, pas de dette), emprunter (immobilisation + dette amortie) ou louer en crédit-bail (redevances en charges, option d’achat finale).
- Le bon critère est la valeur actuelle des décaissements nets d’impôt, comparée sur la même durée, et non la mensualité la plus basse.
- Le crédit-bail préserve la capacité d’endettement apparente (engagement hors bilan) mais coûte généralement un peu plus cher qu’un emprunt classique.
- Au plan fiscal, l’achat et l’emprunt génèrent amortissements et intérêts déductibles ; le crédit-bail génère des redevances déductibles, sous réserve des limites sur les véhicules de tourisme.
Un équipement de 600 000 MAD à acquérir : le payer avec la trésorerie, emprunter, ou le louer avec option d’achat ? La réponse ne dépend pas de la mensualité la plus basse mais du coût total actualisé, net d’impôt, des contraintes de trésorerie et de l’effet sur les ratios.
Les trois options
| Option | Mécanisme | Au bilan | En résultat |
|---|---|---|---|
| Achat comptant | L’entreprise paie le prix | Immobilisation (classe 2) | Amortissements |
| Emprunt | L’entreprise achète et rembourse un prêt | Immobilisation + dette (1481) | Amortissements + intérêts |
| Crédit-bail | Un établissement achète et loue avec option d’achat | Rien (engagement hors bilan) | Redevances (6132) |
Le cas
Équipement : 600 000 MAD HT (TVA récupérable), durée d’utilisation 5 ans, taux IS 20 %.
- Emprunt : 100 % du prix, 7 % sur 5 ans, annuités constantes.
- Crédit-bail : 5 redevances annuelles de 150 000 MAD HT, option d’achat de 30 000 MAD en fin de contrat.
- Comptant : 600 000 MAD au départ.
Taux d’actualisation : 8 % (coût moyen du financement de l’entreprise).
Achat comptant
| Poste | Valeur |
|---|---|
| Décaissement initial | 600 000 |
| Économie d’IS sur amortissement linéaire (120 000 × 20 % = 24 000 par an, 5 ans) | 24 000 × 5 |
| Valeur actuelle de l’économie d’IS (annuité à 8 %, facteur 3,9927) | 95 825 |
| Coût net actualisé | 504 175 |
Emprunt
Annuité = 600 000 × 0,07 ÷ (1 − 1,07^−5) = 146 334. Intérêts : année 1 : 42 000 ; année 2 : 34 697 ; année 3 : 26 882 ; année 4 : 18 520 ; année 5 : 9 573 (arrondis). Total intérêts ≈ 131 672.
| Poste | Valeur |
|---|---|
| Décaissements annuels | 146 334 × 5 = 731 670 |
| Valeur actuelle des annuités à 8 % | 146 334 × 3,9927 = 584 267 |
| Économie d’IS : amortissement 24 000/an + intérêts × 20 % (valeur actuelle) | 95 825 + ≈ 22 000 |
| Coût net actualisé | ≈ 466 400 |
Crédit-bail
| Poste | Valeur |
|---|---|
| Redevances : 150 000 × 5 = 750 000 ; valeur actuelle à 8 % | 150 000 × 3,9927 = 598 905 |
| Option d’achat en fin de contrat | 30 000 ÷ 1,08^5 = 20 417 |
| Économie d’IS sur redevances (30 000/an, valeur actuelle) | −119 781 |
| Amortissement de l’option d’achat (hors période) | négligeable |
| Coût net actualisé | ≈ 499 541 |
Lecture
| Option | Coût net actualisé |
|---|---|
| Achat comptant | ≈ 504 175 |
| Emprunt à 7 % | ≈ 466 400 |
| Crédit-bail | ≈ 499 541 |
Dans ce cas, l’emprunt est la solution la moins chère parce que son taux (7 %) est inférieur au taux d’actualisation (8 %). Si le coût du capital de l’entreprise était de 5 %, le comptant deviendrait plus intéressant. Le crédit-bail coûte plus cher que l’emprunt mais peut être l’option la plus accessible (financement à 100 %, garanties limitées au bien, rapidité).
Les effets au-delà du coût
| Critère | Comptant | Emprunt | Crédit-bail |
|---|---|---|---|
| Trésorerie initiale | Forte sortie | Faible (apport éventuel) | Faible (premier loyer) |
| Endettement apparent | Nul | Augmente | Hors bilan (mais mentionné en annexe) |
| Garanties demandées | Aucune | Souvent sur le bien et caution | Le bien |
| Propriété | Immédiate | Immédiate (hypothèque éventuelle) | À la levée de l’option |
| Flexibilité | Totale | Faible | Faible (résiliation coûteuse) |
| Complexité fiscale | Simple | Intérêts + amortissement | Redevances, plafonds sur véhicules |
| Obsolescence | Supportée | Supportée | Possibilité de ne pas lever l’option |
Le classement dépend du taux d’actualisation
Le résultat ci-dessus repose sur un coût du capital de 8 %. Le même cas, recalculé avec d’autres taux (coût net actualisé en MAD, après économie d’IS) :
| Taux d’actualisation | Achat comptant | Emprunt à 7 % | Crédit-bail |
|---|---|---|---|
| 5 % | 496 093 | 506 158 | 543 043 |
| 8 % | 504 175 | 466 425 | 499 543 |
| 10 % | 509 021 | 442 614 | 473 522 |
| 12 % | 513 485 | 420 689 | 449 596 |
Deux enseignements :
- Le comptant ne gagne que si la trésorerie coûte peu. À 5 %, payer comptant revient moins cher que l’emprunt à 7 % : il vaut mieux ne pas s’endetter plus cher que ce que rapporte la trésorerie disponible. Dès que le coût du capital dépasse le taux de l’emprunt, l’emprunt prend l’avantage, et l’écart se creuse.
- Le crédit-bail se rapproche du comptant quand le taux monte, mais reste ici plus coûteux que l’emprunt. Son intérêt est ailleurs : financement à 100 %, rapidité, garantie limitée au bien, possibilité de ne pas lever l’option.
Le taux à retenir n’est pas le taux du compte bancaire : c’est le rendement que l’entreprise obtiendrait en employant autrement cette trésorerie (stocks, croissance, remboursement d’une dette plus chère), ou le coût moyen de son financement.
Ce que ces calculs ne disent pas
- La trésorerie du premier jour. Le comptant mobilise 600 000 MAD immédiatement ; l’emprunt et le crédit-bail les étalent sur cinq ans. Une PME dont le budget de trésorerie est déjà tendu peut devoir écarter le comptant, quel que soit son coût actualisé.
- Les frais annexes. Frais de dossier, assurance, garanties, taxes sur le contrat : ils s’ajoutent à chaque offre et peuvent inverser un écart de quelques milliers de dirhams.
- La valeur du bien en fin de période. Après cinq ans, une machine peut valoir plus que le prix d’option de 30 000 MAD : la levée de l’option devient alors une bonne affaire, que le calcul ci-dessus ne valorise pas.
- L’incidence sur les ratios et les covenants. Un emprunt augmente l’endettement apparent ; le crédit-bail l’écarte du bilan mais la banque le retraite souvent dans son analyse.
- Le traitement fiscal exact. Le plafond des véhicules de tourisme, les règles d’amortissement et de déductibilité s’appliquent à chaque cas : le calcul est à valider avec l’expert-comptable avant la signature (voir l’article sur le crédit-bail).
Traitement comptable
Achat comptant ou emprunt : débit 2332 (matériel et outillage), TVA 3455, crédit fournisseur ou banque ; l’emprunt est suivi au compte 1481.
Crédit-bail : chaque redevance en charge :
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 6132 Redevances de crédit-bail | 150 000 | |
| 3455 État, TVA récupérable | 30 000 | |
| 4411 Fournisseurs / 5141 Banques | 180 000 |
À la levée de l’option, le bien entre à l’actif pour le prix d’option (30 000 MAD).
Fiscalité : les points d’attention
- Amortissements : linéaire ou dégressif, selon l’option ; plafond de 400 000 MAD TTC pour les véhicules de tourisme.
- Intérêts : charges financières déductibles (art. 10-II-A).
- Redevances de crédit-bail : déductibles, avec limitation pour les véhicules de tourisme au-delà de 400 000 MAD.
- TVA : récupérable sur l’achat ou sur chaque redevance, dans les conditions du droit commun (voir déductions).
Les flux de trésorerie année par année
Le coût actualisé résume la comparaison, mais le dirigeant pilote sa trésorerie année par année. Voici les flux nets d’impôt (taux d’IS de 20 %) des trois options pour l’équipement de 600 000 MAD, hors TVA récupérable.
| Année | Achat comptant | Emprunt à 7 % | Crédit-bail |
|---|---|---|---|
| 0 | −600 000 | 0 | 0 |
| 1 | +24 000 | −113 934 | −120 000 |
| 2 | +24 000 | −115 395 | −120 000 |
| 3 | +24 000 | −116 958 | −120 000 |
| 4 | +24 000 | −118 630 | −120 000 |
| 5 | +24 000 | −120 419 | −150 000 |
| Total (non actualisé) | −480 000 | −585 336 | −630 000 |
Détail du calcul : pour le comptant, l’économie d’IS annuelle est de 24 000 (amortissement de 120 000 × 20 %). Pour l’emprunt, le flux annuel est l’annuité de 146 334, diminuée de l’économie d’IS sur l’amortissement (24 000) et sur les intérêts (20 % × 42 000 = 8 400 la première année, puis 6 939, 5 376, 3 704 et 1 915). Pour le crédit-bail, la redevance annuelle de 150 000 est diminuée de l’économie d’IS de 30 000 ; la levée de l’option de 30 000 intervient en année 5.
Lecture : l’achat comptant coûte le moins cher en valeur absolue (480 000 net), mais exige 600 000 MAD de trésorerie immédiate. L’emprunt et le crédit-bail étalent l’effort, au prix d’un coût total supérieur (585 336 et 630 000 sans actualisation). Quand la trésorerie est rare, ce qui compte est la capacité à supporter la sortie initiale ; quand elle est abondante et rémunérée, le coût actualisé donne le bon classement.
Impact sur les ratios de l’entreprise
| Ratio (hypothèse de départ : capitaux propres 3 000 000 ; dettes de financement 1 200 000 ; total bilan 8 000 000) | Comptant | Emprunt | Crédit-bail |
|---|---|---|---|
| Immobilisations nettes à l’acquisition | + 600 000 | + 600 000 | 0 (hors bilan) |
| Trésorerie | − 600 000 | 0 | 0 |
| Dettes de financement | 1 200 000 | 1 800 000 | 1 200 000 |
| Dettes ÷ capitaux propres | 0,40 | 0,60 | 0,40 (apparent) |
| Total du bilan | 8 000 000 | 8 600 000 | 8 000 000 |
Le crédit-bail préserve en apparence les ratios, mais les banques retraitent les engagements : après retraitement, l’endettement est proche de celui de l’emprunt (voir l’article sur le crédit-bail).
La décision en cinq étapes
- Définir le besoin : durée d’utilisation, valeur résiduelle, risque d’obsolescence.
- Obtenir au moins trois offres : comptant avec remise éventuelle, emprunt avec taux effectif, crédit-bail avec valeur d’option.
- Calculer le coût net actualisé de chacune, au taux de rendement des fonds de l’entreprise.
- Vérifier la capacité de trésorerie année par année, avec un budget de trésorerie.
- Tester la sensibilité : variation du taux d’actualisation, du taux d’IS, de la durée d’utilisation.
Questions à poser au bailleur ou à la banque
| Question | Pourquoi |
|---|---|
| Quel est le taux effectif global, frais et assurance compris ? | Comparer à l’emprunt |
| La valeur résiduelle est-elle fixée au contrat ? | Prix de l’option d’achat |
| Quelles garanties exigez-vous ? | Coût caché des sûretés |
| Que se passe-t-il en cas de retard de paiement ? | Pénalités et déchéance |
| Puis-je rembourser par anticipation ? Avec quelle indemnité ? | Flexibilité |
| Le contrat est-il indexé ? | Risque de hausse |
| Qui assure et entretient le bien ? | Charges annexes |
| Quels sont les délais de mise en place ? | Rapidité du financement |
La réponse écrite à ces questions complète la comparaison chiffrée et protège l’entreprise des mauvaises surprises.
Questions à se poser
- Quel est le coût réel de chaque offre (TEG, frais de dossier, assurance, valeur résiduelle) ?
- Quelle durée d’utilisation réelle du bien ? Le contrat est-il plus long ?
- L’entreprise a-t-elle des covenants ou ratios à respecter ?
- Quel est le coût d’opportunité de la trésorerie immobilisée ?
- Le bien est-il susceptible d’obsolescence rapide ?
Cas particuliers et situations limites
Le taux d’IS n’est pas de 20 %. Si l’entreprise est exonérée temporairement ou en déficit, l’économie d’impôt liée à l’amortissement et aux intérêts disparaît : l’achat comptant et l’emprunt perdent leur avantage fiscal, tandis que le crédit-bail perd aussi la déduction des redevances. Refaire le calcul sans bouclier fiscal.
Le bien est un véhicule de tourisme. Le plafond de 400 000 MAD TTC et la non-récupération de la TVA modifient le coût des trois options ; une partie de l’amortissement (ou des redevances) n’est pas déductible.
La durée d’utilisation est plus courte que le contrat. Le crédit-bail devient pénalisant : la résiliation anticipée coûte souvent la quasi-totalité des redevances restantes. Pour une utilisation de trois ans, une location de courte durée ou un achat d’occasion peuvent être préférables.
La valeur de revente est élevée. Un bien qui garde sa valeur (immobilier, équipements recherchés) avantage l’achat, qui permet de profiter de la valeur de revente, plus que le crédit-bail où l’option est exercée à un prix fixé d’avance.
Le coût d’opportunité de la trésorerie est très élevé. Une entreprise qui peut investir sa trésorerie à plus de 15 % dans son activité a intérêt à emprunter ou à utiliser le crédit-bail, même si l’opération paraît plus chère au sens comptable.
À retenir
Le choix se fait sur le coût net actualisé, la trésorerie et les ratios, avec une sensibilité au taux d’actualisation.
Questions fréquentes
Le crédit-bail apparaît-il au bilan ?
En CGNC, le bien en crédit-bail n’est pas inscrit à l’actif de l’utilisateur : les redevances sont des charges (compte 6132), et les engagements restants sont mentionnés dans l’annexe (ETIC). La dette n’apparaît pas au bilan, d’où une meilleure apparence des ratios d’endettement.
Comment comparer sur un même pied ?
En calculant, pour chaque option, la valeur actuelle des flux nets après impôt sur la durée du financement, au même taux d’actualisation, en incluant l’économie d’impôt (amortissements et intérêts ou redevances) et la valeur résiduelle ou le prix de levée de l’option.
Quand le comptant est-il préférable ?
Quand la trésorerie est abondante et ne trouve pas d’emploi plus rentable que le coût du financement évité, ou quand les conditions bancaires sont défavorables. Il supprime les frais financiers mais immobilise du cash.
Existe-t-il des limites fiscales ?
Pour les véhicules de tourisme, l’amortissement déductible est plafonné à 400 000 MAD TTC répartis sur cinq ans, et la part de redevance de crédit-bail ou de location correspondant à l’amortissement de la fraction excédentaire n’est pas déductible (CGI art. 10-I-F-1°).
Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.