- La CAF est le flux potentiel de trésorerie généré par l’activité : résultat net + charges calculées (dotations) − produits calculés (reprises) ± plus ou moins-values de cession.
- On peut la calculer à partir du résultat net (méthode additive) ou de l’EBE (méthode soustractive) ; les deux doivent donner le même résultat.
- L’autofinancement est la CAF diminuée des dividendes distribués : c’est ce que l’entreprise garde pour financer ses investissements et son BFR.
- Une CAF qui ne couvre pas les remboursements d’emprunts signale un surendettement.
Le résultat net n’est pas du cash. Il contient des charges non décaissées (amortissements, provisions) et des produits non encaissés (reprises). La capacité d’autofinancement (CAF) corrige ces écarts pour estimer les ressources que l’activité génère durablement. C’est l’indicateur que regardent les banquiers quand ils étudient un dossier de crédit.
Définition
CAF = Résultat net + Dotations (amortissements, provisions) − Reprises + VNA des immobilisations cédées − Produits des cessions d’immobilisations
Les dotations sont des charges calculées : elles diminuent le résultat sans sortie de trésorerie. Les reprises sont des produits calculés : elles augmentent le résultat sans entrée d’argent. La valeur nette d’amortissement (VNA) des éléments cédés et leur prix de cession sont des éléments non courants : on les neutralise.
Méthode additive (depuis le résultat net)
Avec les données de l’article sur les SIG (milliers de MAD) :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Résultat net | 1 770 |
| + Dotations d’exploitation | +450 |
| + Dotations financières et non courantes | +0 |
| − Reprises d’exploitation | −40 |
| + VNA des immobilisations cédées | +60 |
| − Produits de cession des immobilisations | −90 |
| CAF | 2 150 |
Méthode soustractive (depuis l’EBE)
Part de l’EBE, qui est déjà hors charges calculées, et ajoute ou retranche les flux d’exploitation décaissables :
| Poste | Montant |
|---|---|
| EBE | 2 580 |
| + Autres produits d’exploitation (encaissables) | +50 |
| − Autres charges d’exploitation (décaissables) | −30 |
| + Produits financiers (hors reprises) | +20 |
| − Charges financières (hors dotations) | −180 |
| + Produits non courants encaissables (hors cessions) | +0 |
| − Charges non courantes décaissables (hors VNA) | −0 |
| − Impôts sur les résultats | −290 |
| CAF | 2 150 |
Les deux méthodes concordent : CAF = 2 150, soit 14,9 % du chiffre d’affaires (14 400).
Contrôle : 2 580 + 50 − 30 + 20 − 180 − 290 = 2 150 ✔. Les éléments non courants (90 de produits dont les produits de cession, 60 de charges dont la VNA) se neutralisent dans la CAF.
Autofinancement
L’autofinancement est la partie de la CAF qui reste à l’entreprise après distribution.
Autofinancement = CAF − Dividendes distribués
Si la société distribue 800 de dividendes, l’autofinancement est de 2 150 − 800 = 1 350. Il sert à financer les investissements, le BFR et les remboursements d’emprunts.
À quoi sert la CAF ?
- Capacité de remboursement : dette financière ÷ CAF. Une dette de 6 000 pour une CAF de 2 150 représente 2,8 ans.
- Couverture du service de la dette : CAF ÷ (annuités d’emprunt). Un ratio supérieur à 1,3 est généralement recherché.
- Capacité d’investissement : l’autofinancement indique le volume d’investissements finançable sans emprunter.
- Politique de distribution : elle se construit à partir de l’autofinancement nécessaire à la croissance.
- Équilibre du tableau de financement : la CAF figure parmi les ressources stables.
Lire l’évolution de la CAF
| Variation | Causes possibles |
|---|---|
| CAF en hausse, résultat net stable | Amortissements en hausse (investissements récents) |
| CAF en baisse, résultat net en hausse | Plus-values de cession ou reprises exceptionnelles gonflant le résultat |
| CAF négative | Activité déficitaire même en neutralisant les charges calculées : alerte grave |
Un résultat net positif avec une CAF faible indique des produits non encaissés (reprises, plus-values). Un résultat net faible avec une CAF forte s’explique par des amortissements importants.
Même résultat net, deux CAF
Deux entreprises affichent le même résultat net de 500 (milliers de MAD). Leur capacité à rembourser une dette est pourtant très différente :
| (en milliers de MAD) | Entreprise A (capitalistique) | Entreprise B (légère) |
|---|---|---|
| Résultat net | 500 | 500 |
| + Dotations aux amortissements | +800 | +100 |
| − Reprises sur provisions | −0 | −0 |
| CAF | 1 300 | 600 |
| Dette financière | 3 000 | 3 000 |
| Dette ÷ CAF | 2,3 ans | 5,0 ans |
L’entreprise A dégage plus de ressources que ne le laisse penser son résultat, parce que ses amortissements, charges sans décaissement, sont élevés. L’entreprise B, avec la même dette, serait jugée fragile par une banque. C’est la raison pour laquelle l’analyse de crédit s’appuie sur la CAF et non sur le résultat net.
CAF prévisionnelle d’un projet
Pour décider d’un investissement, on projette la CAF avec et sans projet. Hypothèses (milliers de MAD) : l’entreprise de l’exemple (CAF actuelle 2 150, dette 6 000, annuités actuelles de 700) finance une machine de 2 000 par un emprunt de 1 500 sur 5 ans à 6 %, le reste sur fonds propres. Le projet ajoute 600 d’EBE par an et 200 d’amortissements annuels.
| Élément (première année) | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| CAF actuelle | 2 150 | |
| + EBE additionnel | +600 | |
| − Intérêts de l’emprunt | 6 % × 1 500 | −90 |
| − Impôt supplémentaire | 20 % × (600 − 200 − 90) | −62 |
| CAF avec projet | 2 598 | |
| Annuité du nouvel emprunt | 1 500 × 0,06 ÷ (1 − 1,06⁻⁵) | 356 |
| Annuités totales | 700 + 356 | 1 056 |
| Couverture des annuités | 2 598 ÷ 1 056 | 2,5 |
| Dette ÷ CAF après projet | (6 000 + 1 500) ÷ 2 598 | 2,9 ans |
Le projet améliore la CAF en valeur absolue tout en laissant le ratio dette/CAF presque inchangé (2,8 ans avant, 2,9 ans après) : il est finançable. Si l’EBE additionnel n’était que de 200, la CAF n’augmenterait que de 200 − 90 + 18 = 128 (le projet est déficitaire avant impôt de 90, ce qui économise 18 d’IS tant que l’entreprise a d’autres bénéfices) et la couverture tomberait à (2 150 + 128) ÷ 1 056 = 2,2 : le projet resterait finançable, mais avec une marge plus faible. L’exercice se refait avec un scénario défavorable (ventes en retrait de 20 %) avant de s’engager.
À quoi sert la CAF : l’utilisation d’une année
Reprenons la société de négoce des soldes intermédiaires de gestion (en milliers de MAD) avec une CAF de 2 150. Voici comment elle peut être employée :
| Emplois de la CAF | Montant |
|---|---|
| Dividendes distribués | 800 |
| Autofinancement (CAF − dividendes) | 1 350 |
| Remboursement des emprunts (capital) | 450 |
| Investissements de l’exercice | 600 |
| Augmentation du BFR | 300 |
| Total des emplois sur l’autofinancement | 1 350 |
| Variation de trésorerie | 0 |
L’autofinancement de 1 350 couvre exactement les remboursements, les investissements et la croissance du BFR. Toute décision supplémentaire (un investissement de plus, une hausse de dividendes) se financerait par endettement ou par prélèvement sur la trésorerie. La CAF est donc le premier critère de la politique de distribution : un dirigeant qui veut distribuer plus doit montrer d’où viendra la ressource.
Une CAF positive malgré une perte
Une entreprise industrielle enregistre un résultat net de −200 000 MAD, avec 450 000 MAD de dotations aux amortissements et 30 000 MAD de reprises de provisions.
| Étape | Calcul | Montant (MAD) |
|---|---|---|
| Résultat net | −200 000 | |
| + Dotations (non décaissées) | + 450 000 | |
| − Reprises (non encaissées) | − 30 000 | |
| CAF | −200 000 + 450 000 − 30 000 | + 220 000 |
L’entreprise perd de l’argent au sens comptable, mais elle génère encore 220 000 MAD de ressources avant remboursement de ses dettes. Si son annuité d’emprunt est de 300 000, elle devra puiser 80 000 MAD dans sa trésorerie ou emprunter. Ce cas illustre pourquoi la CAF, et non le seul résultat net, sert à juger la capacité de remboursement. À l’inverse, un résultat net positif peut cacher une CAF faible si les produits comprennent des plus-values de cession ou des reprises importantes.
CAF et dette : les ratios utilisés par la banque
| Ratio | Calcul | Seuil de vigilance |
|---|---|---|
| Capacité de remboursement | Dettes financières nettes ÷ CAF | Plus de 4 ans |
| Couverture des annuités | CAF ÷ (capital + intérêts remboursés) | Moins de 1,3 |
| Poids des frais financiers | Charges financières ÷ CAF | Plus de 20 % |
| Autofinancement | CAF ÷ investissements | Moins de 50 % pour un projet de croissance |
Pour la société de l’exemple : dettes financières nettes de 1 800 − 270 de trésorerie-actif = 1 530 ; capacité de remboursement : 1 530 ÷ 2 150 = 0,71 an ; couverture des annuités : 2 150 ÷ (450 + 180 d’intérêts) = 3,4. Un niveau très confortable.
Prévoir la CAF sur trois ans
| (milliers de MAD) | N | N+1 | N+2 |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 14 400 | 15 800 | 17 300 |
| EBE (taux de 17,9 %) | 2 580 | 2 830 | 3 097 |
| Charges financières | −180 | −160 | −140 |
| Impôt sur les résultats | −290 | −320 | −360 |
| Autres éléments (non courant, etc.) | 40 | 0 | 0 |
| CAF (méthode soustractive simplifiée) | 2 150 | 2 350 | 2 597 |
| Remboursements d’emprunts | −450 | −450 | −400 |
| Dividendes (environ 45 % du résultat net) | −800 | −850 | −900 |
| Capacité d’investissement sans nouvel emprunt | 900 | 1 050 | 1 297 |
Ce tableau, mis à jour chaque année, montre à la direction la marge de manœuvre pour investir sans recourir à de nouvelles dettes. Les chiffres sont illustratifs : l’important est la méthode, qui part de l’EBE et s’arrête à la capacité d’investissement, en passant par les flux certains (remboursements, impôt) et la politique de distribution.
Questions fréquentes
La CAF est-elle la même que le cash-flow ? Le terme « cash-flow » recouvre plusieurs définitions. La CAF est un agrégat précis du CGNC : résultat net plus charges non décaissables moins produits non encaissables, hors cessions d’actifs.
Pourquoi exclure les produits de cession de la CAF ? Parce qu’ils ne sont pas récurrents : la CAF mesure la capacité de l’activité à générer des ressources durables.
Une CAF élevée garantit-elle la trésorerie ? Non : elle ne tient pas compte du BFR, des investissements et des remboursements. Une CAF positive avec un BFR qui augmente peut conduire à un manque de trésorerie.
Quelle différence entre CAF et autofinancement ? L’autofinancement est la CAF diminuée des dividendes distribués ; c’est la part qui reste dans l’entreprise.
Quelle méthode de calcul choisir ? Les deux méthodes (additive et soustractive) donnent le même résultat ; la soustractive part de l’EBE et se lit plus facilement avec les soldes intermédiaires de gestion (voir l’article sur les SIG).
Les erreurs de calcul fréquentes
- Oublier de neutraliser les cessions : la plus-value d’une vente d’immobilisation gonfle le résultat net sans être une ressource récurrente.
- Ajouter toutes les dotations sans distinguer celles qui se traduiront par une sortie de cash (une provision pour litige qui sera payée).
- Retrancher les reprises incomplètement : une reprise sur provision est un produit sans encaissement.
- Confondre CAF et trésorerie : une CAF de 2 150 avec un BFR qui augmente de 1 000 laisse 1 150 de ressources avant investissements et remboursements.
- Comparer des CAF de périodes inégales : une CAF mensuelle ne se compare pas à une CAF annuelle.
- Ignorer la saisonnalité pour une entreprise dont l’activité est concentrée sur quelques mois.
Limites
- La CAF suppose que tous les produits sont encaissés : un client défaillant la fait paraître meilleure que la réalité.
- Elle ignore le BFR : une CAF positive peut coexister avec un manque de trésorerie si le BFR augmente.
- Elle dépend des choix comptables (durées d’amortissement, provisions).
Dans la pratique
Une PME qui prépare un dossier de financement calcule la CAF des trois derniers exercices, la CAF prévisionnelle du projet, le ratio dette/CAF avant et après le projet, et la couverture des annuités. C’est le triptyque de l’analyse de crédit.
Check-list du dossier de financement
- CAF des trois derniers exercices, calculée par les deux méthodes et rapprochée de l’ESG.
- CAF prévisionnelle du projet, avec hypothèses écrites et scénario défavorable.
- Ratios : dette ÷ CAF, couverture des annuités (CAF ÷ annuités), autonomie financière.
- Variation du BFR attendue avec le projet (voir l’article sur le BFR).
- Plan de trésorerie sur douze mois (voir le budget de trésorerie).
- Origine des fonds propres et garanties proposées (voir l’article sur le financement des PME).
À retenir
La CAF mesure la ressource générée par l’activité avant financement du BFR, des investissements et des remboursements. Elle se calcule par la méthode additive (depuis le résultat net) ou soustractive (depuis l’EBE). Rapportée aux dettes et aux annuités, elle fonde la capacité d’emprunt.
Questions fréquentes
La CAF est-elle la même chose que la trésorerie ?
Non. C’est un flux théorique qui suppose que tous les produits sont encaissés et toutes les charges décaissées. La trésorerie réelle dépend aussi de la variation du BFR, des investissements et des remboursements d’emprunts.
Pourquoi retirer les plus-values de cession ?
Elles proviennent d’opérations non courantes, qui ne relèvent pas du cycle normal d’exploitation. Elles sont regroupées avec le produit de cession dans le financement des investissements, non dans la CAF d’exploitation.
Où trouver la CAF dans les états de synthèse ?
Dans l’état des soldes de gestion (ESG) du CGNC, qui comprend un tableau de la capacité d’autofinancement et de l’autofinancement.
Que représente la CAF par rapport à la dette ?
Le ratio dette financière ÷ CAF exprime en années la durée théorique de remboursement. Les banques le regardent : au-delà de 4 à 5 ans, l’endettement est généralement jugé élevé, selon le secteur.
Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.