- Le régime de l’auto-entrepreneur taxe le chiffre d’affaires encaissé : 0,5 % jusqu’à 500 000 MAD pour le commerce, l’industrie et l’artisanat, 1 % jusqu’à 200 000 MAD pour les prestations de services (CGI art. 42 bis, 42 ter, 73-III).
- L’impôt est augmenté d’un droit complémentaire annuel par tranches et il est libératoire de l’impôt sur le revenu ; les déclarations sont mensuelles ou trimestrielles auprès de l’organisme désigné (art. 73-III, 82 bis).
- Pour les services rendus au même client, le surplus au-delà de 80 000 MAD par an subit une retenue à la source de 30 % opérée par le client (art. 42 bis, 73-II-G-8°).
- Un décret exclut de nombreuses professions ; le régime se perd si les plafonds sont dépassés deux années consécutives (art. 43-4°).
Le statut d’auto-entrepreneur est la porte d’entrée la plus simple vers l’entrepreneuriat au Maroc : une personne physique exerce seule, avec des formalités allégées, et son impôt se calcule directement sur ce qu’elle encaisse. Mais ce statut a des limites précises : plafonds de chiffre d’affaires, professions exclues, règle spécifique par client, sortie automatique du régime en cas de dépassement. Ce guide en détaille chaque règle, avec des exemples chiffrés et les textes du CGI 2026.
1. Le principe du régime
Les personnes physiques qui exercent une activité professionnelle à titre individuel en tant qu’auto-entrepreneurs, conformément à la loi n° 114-13, sont soumises à l’impôt sur le revenu en appliquant au chiffre d’affaires annuel encaissé l’un des taux de l’article 73-III (art. 42 bis). Trois caractéristiques structurantes :
- un impôt sur l’encaissé, pas sur le bénéfice : les charges ne se déduisent pas ;
- un régime sur option (art. 42 ter) : on choisit d’y entrer, aux conditions de forme et de délai du CGI ;
- un impôt libératoire : les prélèvements aux taux de l’article 73-III libèrent de l’impôt sur le revenu sur ces revenus.
2. Les conditions pour en bénéficier (art. 42 ter)
| Condition | Règle |
|---|---|
| Plafond de chiffre d’affaires encaissé | 500 000 MAD pour les activités commerciales, industrielles et artisanales ; 200 000 MAD pour les prestataires de services |
| Sécurité sociale | Adhésion au régime de sécurité sociale prévu par la législation en vigueur |
| Activité éligible | L’activité ne figure pas parmi celles exclues par décret |
| Personne physique | Activité exercée à titre individuel |
Les activités éligibles
Le décret n° 2-15-303 liste les activités considérées comme industrielles, commerciales et artisanales, notamment :
- transformation et conservation (viandes, poissons, fruits et légumes), fabrication de pain, pâtisserie, huiles, produits laitiers, glaces, chocolats, plats préparés, couscous et pâtes ;
- fabrication de textiles et de vêtements, de maroquinerie, de meubles, d’objets en bois, de produits en céramique ou en terre cuite, d’articles en métal ;
- commerce d’alimentation générale et commerces de détail de produits alimentaires, de boissons, d’ordinateurs et logiciels, de matériel de télécommunication, de textiles, de quincaillerie, d’électroménager, de meubles, de livres, d’articles de sport, de jouets, d’habillement, de chaussures, de parfumerie, d’optique, de biens d’occasion ;
- vente par correspondance et vente par Internet ;
- commerces sur éventaires et marchés ;
- artisanat : fabrication manuelle de tapis, de chaussures, de vêtements traditionnels, de bijouterie fantaisie, d’instruments de musique.
La liste des prestations de services comprend notamment : transports urbains, taxis, transports routiers de fret, déménagement, entreposage et stockage ; hébergement touristique, cafés et restaurants ; conseil, hébergement et développement informatique ; conseil en communication et en gestion ; études de marché et sondages ; design ; photographie ; location de matériels ; sécurité privée ; nettoyage ; soutien de bureau ; activités liées au sport et au spectacle vivant ; réparation et maintenance d’équipements ; travaux d’installation, de plâtrerie, de menuiserie, de revêtement de sols et de murs. Les listes peuvent être modifiées par arrêté.
Les professions et activités exclues
Le décret du 10 avril 2015 exclut du régime les professions, activités et prestations suivantes :
| Domaine | Exclusions |
|---|---|
| Professions juridiques et comptables | Avocats, notaires, huissiers de justice, commissaires aux comptes, comptables, experts-comptables |
| Santé | Médecins, chirurgiens, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, opticiens et lunetiers, radiologues, exploitants de cliniques et de laboratoires d’analyses médicales |
| Techniques | Architectes, géomètres, topographes, métreurs-vérificateurs, tenants d’un bureau d’études |
| Finance et assurance | Assureurs, changeurs de monnaies |
| Immobilier | Lotisseurs et promoteurs immobiliers, marchands de biens immobiliers |
| Commerce international et gros | Marchands importateurs, marchands exportateurs, commissionnaires en marchandises, mandataires négociants, transitaires en douane |
| Tourisme, culture, enseignement | Hôteliers, exploitants de salles de cinéma, d’auto-écoles, d’écoles d’enseignement privé, éditeurs, imprimeurs, libraires |
| Autres | Débitants de tabac, marchands d’orfèvrerie, bijouterie et joaillerie, loueurs d’avions ou d’hélicoptères, prestataires liés à l’organisation de fêtes et réceptions |
Si votre activité figure sur cette liste, le régime est fermé : la société ou l’entreprise individuelle au réel s’impose.
3. L’impôt : taux, droit complémentaire, retenue par client
Les taux (art. 73-III)
| Activité | Plafond encaissé | Taux |
|---|---|---|
| Commerce, industrie, artisanat | 500 000 MAD | 0,5 % du chiffre d’affaires encaissé |
| Prestations de services | 200 000 MAD | 1 % du chiffre d’affaires encaissé |
Le droit complémentaire (art. 73-II-B-6° et 73-III)
« Ce montant de l’impôt est augmenté d’un droit complémentaire déterminé selon le tableau » de l’art. 73-II-B-6°, selon des modalités fixées par voie réglementaire. Le droit annuel dépend de la tranche de l’impôt :
| Impôt annuel (MAD) | Droit complémentaire annuel | Par trimestre |
|---|---|---|
| Moins de 500 | 1 200 | 300 |
| De 500 à 1 000 | 1 560 | 390 |
| De 1 001 à 2 500 | 2 280 | 570 |
| De 2 501 à 5 000 | 2 880 | 720 |
| De 5 001 à 10 000 | 4 200 | 1 050 |
| De 10 001 à 25 000 | 6 000 | 1 500 |
| De 25 001 à 50 000 | 9 000 | 2 250 |
| Plus de 50 000 | 14 400 | 3 600 |
Exemples de charge fiscale
| Situation | Chiffre d’affaires encaissé | Impôt au taux | Droit complémentaire | Total | Taux effectif |
|---|---|---|---|---|---|
| Services, démarrage | 20 000 | 200 | 1 200 | 1 400 | 7,0 % |
| Services | 60 000 | 600 | 1 560 | 2 160 | 3,6 % |
| Services | 150 000 | 1 500 | 2 280 | 3 780 | 2,5 % |
| Services, plafond | 200 000 | 2 000 | 2 280 | 4 280 | 2,1 % |
| Commerce | 400 000 | 2 000 | 2 280 | 4 280 | 1,1 % |
| Commerce, plafond | 500 000 | 2 500 | 2 280 | 4 780 | 1,0 % |
Le droit complémentaire pèse lourdement sur les petits chiffres d’affaires : à 20 000 MAD encaissés, il représente 86 % de la charge. Chiffrez votre cas avec le simulateur auto-entrepreneur.
La règle des 80 000 MAD par client (art. 42 bis)
Lorsque le chiffre d’affaires annuel au titre des prestations de service réalisées pour le compte d’un même client dépasse 80 000 MAD, le surplus est soumis à l’impôt sur le revenu par retenue à la source opérée par le client au taux de 30 % (art. 73-II-G-8°).
Exemple. Un consultant en informatique facture 120 000 MAD dans l’année à un même client. Les 40 000 MAD au-delà du seuil subissent une retenue de 12 000 MAD, contre 400 MAD au taux de 1 %. Cette règle vise à éviter qu’un salarié déguisé soit facturé sous le statut. Si l’essentiel de votre chiffre d’affaires provient d’un seul client, une société devient souvent plus adaptée.
Les plus-values
Les plus-values nettes de cession ou de retrait des biens affectés à l’activité sont imposables selon les conditions de l’article 40-II et au barème progressif de l’article 73-I.
4. La TVA et la facturation
Pas de TVA dans la plupart des cas
- Un prestataire ou fabricant personne physique dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 500 000 MAD est exonéré de TVA (art. 91-II-3°) : tous les auto-entrepreneurs de services (plafond de 200 000 MAD) et de fabrication ou d’artisanat (500 000 MAD) y sont.
- Un commerçant de détail n’est assujetti qu’à partir de 2 millions MAD de chiffre d’affaires de l’année précédente (art. 89-I-2°) : un auto-entrepreneur de commerce n’y est pas.
Conséquences : vos factures ne portent pas de TVA mais la mention de l’exonération ; vous ne déduisez pas la TVA de vos achats, qui devient un coût. Vous pouvez opter pour l’assujettissement si vos clients sont des entreprises qui déduisent la TVA (art. 90). Voir le guide de la TVA et l’outil d’assujettissement.
La facture
Les mentions générales de l’article 145-III s’appliquent : identité du vendeur, identifiant fiscal, date, identité et ICE du client, nature, quantités et prix, mode de paiement. Voir le guide des mentions obligatoires.
5. La déclaration et le paiement
Déclaration d’existence
L’auto-entrepreneur souscrit une déclaration d’existence auprès de l’organisme désigné à cet effet, qui en adresse copie à l’administration fiscale (art. 148-V).
Déclaration du chiffre d’affaires encaissé (art. 82 bis)
Selon l’option exercée, le contribuable déclare son chiffre d’affaires encaissé, mensuellement ou trimestriellement, sur le modèle établi par l’organisme désigné :
| Périodicité | Échéance |
|---|---|
| Mensuelle | Avant la fin du mois qui suit le mois d’encaissement |
| Trimestrielle | Avant la fin du mois qui suit le trimestre d’encaissement |
L’organisme reverse l’impôt encaissé au receveur de l’administration fiscale dans le mois qui suit l’encaissement. Les sanctions de l’article 184 s’appliquent avec des planchers réduits : 100 MAD au lieu de 500 MAD pour la déclaration du chiffre d’affaires de l’auto-entrepreneur.
Comptabilité
Gardez un registre chronologique des encaissements, les factures émises et les justificatifs des dépenses : ils ne servent pas au calcul de l’impôt mais prouvent le chiffre d’affaires déclaré et vos plafonds en cas de contrôle.
6. Le dépassement des plafonds (art. 43-4° et 5°)
L’option pour le régime de l’auto-entrepreneur reste valable tant que le chiffre d’affaires encaissé n’a pas dépassé les limites pendant deux années consécutives. Dans le cas contraire :
- sauf option pour le résultat net simplifié ou la contribution professionnelle unique formulée dans les formes et délais de l’article 44, le résultat net réel s’applique aux revenus professionnels réalisés à compter du 1er janvier de l’année suivant les deux années de dépassement ;
- le contribuable ne peut plus bénéficier du régime de l’auto-entrepreneur.
Activités mixtes. Si l’activité relève à la fois du commerce et des services, l’option n’est valable que si le chiffre d’affaires encaissé dans chaque catégorie reste dans sa limite, ou si le chiffre d’affaires total ne dépasse pas la limite de l’activité principale.
Exemple. Un prestataire de services encaisse 215 000 MAD en 2026 et 230 000 MAD en 2027. Deux dépassements consécutifs : à compter du 1er janvier 2028, il relève du résultat net réel (ou du simplifié, ou de la contribution professionnelle unique s’il a opté). Il doit alors tenir une comptabilité et sera probablement assujetti à la TVA si son chiffre d’affaires dépasse 500 000 MAD ou s’il devient société.
7. Auto-entrepreneur ou société ?
| Critère | Auto-entrepreneur | SARL AU |
|---|---|---|
| Imposition | 0,5 % ou 1 % du chiffre d’affaires encaissé, plus droit complémentaire | IS à 20 % sur le bénéfice |
| Charges déductibles | Aucune | Oui |
| Responsabilité | Patrimoine personnel | Limitée aux apports |
| Comptabilité | Registre des encaissements | Comptabilité complète (CGNC) |
| Plafond | 500 000 / 200 000 MAD | Aucun |
| Clients professionnels | Retenue de 30 % au-delà de 80 000 MAD par client | Aucune retenue spécifique |
| TVA | Exonéré en principe | Assujetti dès la première facture pour les services |
| Crédibilité bancaire | Limitée | Meilleure |
L’impôt de l’auto-entrepreneur est proportionnel au chiffre d’affaires, pas au bénéfice : un prestataire dont les charges sont élevées paie plus qu’un entrepreneur imposé sur le bénéfice réel. À l’inverse, quand les charges sont faibles et que la marge est élevée, le régime est très avantageux. Comparez avec le guide de création d’une SARL et le questionnaire de choix du statut.
8. Les huit erreurs les plus fréquentes
- Dépasser le plafond sans s’en apercevoir : suivre le chiffre d’affaires encaissé mensuellement.
- Exercer une activité exclue : le régime n’est alors pas applicable.
- Facturer la TVA alors qu’on est exonéré, ou oublier la mention d’exonération.
- Ignorer la règle de 80 000 MAD par client pour les services.
- Confondre facturé et encaissé : l’impôt porte sur l’encaissé.
- Mélanger revenus professionnels et personnels sur le même compte bancaire.
- Ne pas adhérer à la sécurité sociale : condition de l’option.
- Ne pas anticiper la sortie du régime : préparer à l’avance le passage à la société.
9. Liste de contrôle de démarrage
- Vérifier que l’activité figure dans les listes éligibles et pas dans les exclusions.
- Estimer le chiffre d’affaires annuel par rapport au plafond.
- Comparer avec la société : fiscalité, responsabilité, crédibilité.
- Adhérer à la sécurité sociale ; faire la déclaration d’existence auprès de l’organisme désigné.
- Choisir la déclaration mensuelle ou trimestrielle.
- Mettre en place un registre des encaissements et un modèle de facture avec la mention d’exonération.
- Suivre mensuellement le chiffre d’affaires encaissé, par client pour les services.
- Anticiper le passage à une autre forme avant les deux années de dépassement.
Questions fréquentes
Un auto-entrepreneur facture-t-il la TVA ?
En principe non. Les plafonds du régime (500 000 MAD et 200 000 MAD) ne dépassent pas la limite d’exonération de 500 000 MAD des fabricants et prestataires personnes physiques (CGI art. 91-II-3°), et un détaillant n’est assujetti qu’à partir de 2 millions MAD de chiffre d’affaires (art. 89-I-2°). Les factures portent donc la mention de l’exonération ou de l’absence de TVA, et l’auto-entrepreneur ne déduit pas la TVA de ses achats. Vérifiez votre cas avec l’outil d’assujettissement à la TVA.
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond une seule année ?
Le régime reste applicable tant que le chiffre d’affaires encaissé n’a pas dépassé les plafonds pendant deux années consécutives. Après deux années de dépassement, le régime du résultat net réel s’applique à partir du 1er janvier suivant, sauf option pour le résultat net simplifié ou la contribution professionnelle unique, et le contribuable ne peut plus revenir au régime de l’auto-entrepreneur.
Puis-je cumuler une activité de commerce et de services ?
Oui, mais l’option n’est valable que si le chiffre d’affaires encaissé dans chaque catégorie ne dépasse pas la limite de celle-ci, ou si le chiffre d’affaires total ne dépasse pas la limite de l’activité exercée à titre principal (art. 43-5°).
L’auto-entrepreneur doit-il adhérer à la sécurité sociale ?
Oui. L’option pour le régime est subordonnée à l’adhésion au régime de sécurité sociale prévu par la législation en vigueur (art. 42 ter-II-B).
Quelles professions sont exclues ?
Un décret exclut notamment les architectes, assureurs, avocats, changeurs, médecins, chirurgiens, dentistes, commissaires aux comptes, comptables, experts-comptables, notaires, huissiers, géomètres, topographes, vétérinaires, pharmaciens, opticiens, exploitants de cliniques, laboratoires et écoles privées, hôteliers, lotisseurs et promoteurs immobiliers, marchands importateurs et exportateurs, et d’autres activités (liste complète ci-dessous).
- Loi n° 114-13 relative au statut de l’auto-entrepreneur (dahir n° 1-15-06 du 19 février 2015)
- CGI 2026, art. 42 bis, 42 ter et 43 — régime de l’auto-entrepreneur, conditions et options
- CGI 2026, art. 73-II-B-6° et 73-III — taux, droit complémentaire et caractère libératoire
- CGI 2026, art. 73-II-G-8° — retenue à la source de 30 % au-delà de 80 000 MAD par client
- CGI 2026, art. 82 bis et 148-V — déclaration du chiffre d’affaires et déclaration d’existence
- Décret du Chef du gouvernement du 10 avril 2015 fixant la liste des professions exclues ; décret n° 2-15-303 du 30 décembre 2015 fixant les listes des activités éligibles (annexées au CGI)
- CGI 2026, art. 91-II-3° et 89-I-2° — exonération de TVA et seuil du commerce de détail
Ce guide présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.