- Une immobilisation entre au bilan à son coût d’acquisition (prix d’achat, frais accessoires, installation) hors TVA récupérable, dans les classes 21 à 23 du PCGE.
- L’amortissement répartit ce coût sur la durée d’utilisation : dotation en 6192-6193, amortissements cumulés en 28 ; l’amortissement dérogatoire (1351) isole la différence avec le dégressif fiscal.
- À la cession, on solde le coût (compte 23) et l’amortissement cumulé (28), on constate la valeur nette d’amortissement en charge non courante (6513) et le prix de cession en produit non courant (7513).
- Les immobilisations en cours (239) ne s’amortissent pas tant que le bien n’est pas mis en service.
Une immobilisation est un bien durable qui sert plusieurs années à l’activité : machine, véhicule, ordinateur, agencement, logiciel, brevet. Sa comptabilisation obéit à une logique simple en trois temps, entrer, s’user, sortir, mais chaque temps comporte des pièges d’écriture et de fiscalité. Cet article déroule le cycle complet avec les comptes du plan comptable marocain et des exemples chiffrés.
Où se range l’immobilisation dans le plan comptable ?
La classe 2 regroupe l’actif immobilisé. Les principaux comptes :
| Compte | Intitulé |
|---|---|
| 21 | Immobilisations en non-valeurs (frais préliminaires 211, charges à répartir 212, primes de remboursement 213) |
| 22 | Immobilisations incorporelles (R&D 221, brevets et marques 222, fonds commercial 223, autres 228) |
| 231 | Terrains |
| 232 | Constructions |
| 233 | Installations techniques, matériel et outillage |
| 234 | Matériel de transport |
| 235 | Mobilier, matériel de bureau et aménagements (2355 matériel informatique) |
| 239 | Immobilisations corporelles en cours |
| 28 | Amortissements (281 non-valeurs, 282 incorporelles, 283 corporelles) |
Chaque compte d’immobilisation trouve son miroir dans le compte d’amortissement correspondant : 2340 matériel de transport, 2834 amortissements du matériel de transport.
Étape 1 : l’entrée à l’actif
Que comprend le coût d’acquisition ?
Le coût d’entrée est le coût d’acquisition, c’est-à-dire le prix d’achat net des remises, augmenté de tous les frais nécessaires pour mettre le bien en état de fonctionner : transport, assurance pendant le transport, droits de douane, frais d’installation et de montage. Les formalités d’enregistrement et les honoraires directement attachés à l’acquisition en font partie. Le CGI reprend la même définition pour la valeur d’origine amortissable (art. 10-I-F-1°).
Pour une immobilisation produite par l’entreprise pour elle-même, on retient le coût de production : matières, main-d’œuvre directe, frais de production directs.
Écriture d’acquisition
Un ordinateur portable est acheté 60 000 MAD HT (TVA 20 % = 12 000 MAD) auprès d’un fournisseur qui l’installe pour 3 000 MAD HT (TVA 600 MAD) :
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 2355 Matériel informatique | 63 000 | |
| 3455 État, TVA récupérable | 12 600 | |
| 4481 Dettes sur acquisitions d’immobilisations | 75 600 |
Le règlement ultérieur solde la dette :
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 4481 Dettes sur acquisitions d’immobilisations | 75 600 | |
| 5141 Banques | 75 600 |
Quand la TVA entre-t-elle dans le coût ?
Si l’entreprise ne peut pas récupérer la TVA (par exemple sur un véhicule de tourisme ou lorsque l’activité est hors du champ de déduction), celle-ci s’incorpore au coût d’acquisition et sera amortie avec le bien.
Les immobilisations en cours
Un bien en cours de construction ou d’installation est inscrit au compte 239 (immobilisations corporelles en cours) et n’est pas amorti. Dès sa mise en service, on le transfère au compte définitif par une écriture de virement : débit 233 (ou le compte d’immobilisation concerné), crédit 239.
Étape 2 : l’amortissement
Le principe
L’amortissement constate la perte de valeur due à l’usage, au temps ou à l’obsolescence. Il est calculé sur la valeur d’origine, selon un plan d’amortissement fixé au départ : base, durée, mode (linéaire ou dégressif). Les taux admis fiscalement sont ceux des usages de la profession (CGI art. 10-I-F-1°-b). Les terrains ne s’amortissent pas, et les immobilisations en non-valeurs s’amortissent obligatoirement à taux constant sur cinq ans.
Exemple : amortissement linéaire d’un camion
Un camion de 300 000 MAD HT est mis en service le 17 mars. Durée 5 ans, taux 20 %. Le prorata de la première année est de 10 mois (mars à décembre) comme pour la fiscalité :
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 61934 D.E.A. du matériel de transport | 50 000 | |
| 2834 Amortissements du matériel de transport | 50 000 |
Chaque année pleine suivante : 60 000 MAD. La valeur nette comptable (VNC) à la fin de l’année 1 est de 250 000 MAD.
L’amortissement dérogatoire
Quand l’entreprise opte pour le dégressif fiscal mais conserve un amortissement comptable linéaire, la différence est enregistrée en dotation non courante pour amortissement dérogatoire (compte 6594 en charge, compte 1351 « provisions pour amortissements dérogatoires » au passif). Elle est reprise ensuite au fur et à mesure que le linéaire rattrape le dégressif. Sur le camion en dégressif à 40 % : dotation fiscale de 100 000 MAD la première année (300 000 × 40 % × 10/12) contre 50 000 MAD de linéaire comptable, soit 50 000 MAD de dérogatoire.
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 6594 Dotations non courantes aux provisions réglementées | 50 000 | |
| 1351 Provisions pour amortissements dérogatoires | 50 000 |
Cette écriture n’existe que si l’entreprise veut respecter à la fois la comptabilité (économique) et la fiscalité (dégressif).
Étape 3 : les événements en cours de vie
- Remplacement d’une pièce majeure : la nouvelle pièce s’immobilise si elle prolonge la durée de vie ou augmente la valeur, l’ancienne est sortie. Une simple réparation est une charge d’entretien (compte 6133).
- Réévaluation : l’écart de réévaluation est distinct du capital et non distribuable.
- Dépréciation : si la valeur d’usage tombe sous la VNC de façon durable, une provision pour dépréciation de l’actif immobilisé est constatée (compte 29).
Étape 4 : la sortie de l’actif
Cession
Le même camion est cédé avant la fin du plan, en juillet de la quatrième année. L’amortissement cumulé comprend 170 000 MAD pour les trois premières années (50 000 + 60 000 + 60 000) et une dotation complémentaire de 35 000 MAD pour 7 mois de la quatrième année (60 000 × 7/12), soit 205 000 MAD. Le prix de cession est de 140 000 MAD HT, TVA 20 % = 28 000 MAD.
- Facturation de la vente
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 3481 Créances sur cessions d’immobilisations | 168 000 | |
| 7513 Produits des cessions des immobilisations corporelles | 140 000 | |
| 4455 État, TVA facturée | 28 000 |
- Sortie du bien de l’actif
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 61934 D.E.A. du matériel de transport (dotation complémentaire jusqu’à la vente) | 35 000 | |
| 2834 Amortissements du matériel de transport | 35 000 | |
| 2834 Amortissements du matériel de transport | 205 000 | |
| 6513 VNA des immobilisations corporelles cédées | 95 000 | |
| 2340 Matériel de transport | 300 000 |
Le résultat de cession est de 140 000 − 95 000 = +45 000 MAD (plus-value). Fiscalement, le produit de cession est un produit non courant imposable (CGI art. 9-I-C-1°) et la VNA une charge non courante déductible (art. 10-III-A). La plus-value est donc imposée au taux de l’IS, sans régime d’exonération spécifique sauf dispositions particulières.
Mise au rebut
Un bien détruit ou jeté, non amorti entièrement, génère une charge non courante égale à sa VNC (compte 6513) : débit 28xx amortissements, débit 6513, crédit 23xx.
La vie complète d’un véhicule utilitaire : de l’acquisition à la cession
Un camion utilitaire est acquis le 17 mars de l’année 1 pour 300 000 MAD HT (TVA de 60 000), amortissement linéaire sur cinq ans (20 %). Il est cédé le 31 décembre de l’année 4 pour 100 000 MAD HT.
Année 1 : acquisition et première dotation
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 2340 Matériel de transport | 300 000 | |
| 34551 État, TVA récupérable sur immobilisations | 60 000 | |
| 4481 Dettes sur acquisitions d’immobilisations | 360 000 |
Dotation de la première année (10 mois) : 300 000 × 20 % × 10/12 = 50 000.
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 61934 D.E.A. du matériel de transport | 50 000 | |
| 2834 Amortissements du matériel de transport | 50 000 |
Années 2 à 4 : dotations annuelles de 60 000
Cumul des amortissements au 31 décembre de l’année 4 : 50 000 + 3 × 60 000 = 230 000. Valeur nette d’amortissement (VNA) : 300 000 − 230 000 = 70 000.
Année 4 : cession
| Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| 5141 Banques (100 000 + TVA 20 000) | 120 000 | |
| 7513 Produits des cessions des immobilisations corporelles | 100 000 | |
| 4455 État, TVA facturée | 20 000 | |
| 6513 Valeurs nettes d’amortissements des immobilisations corporelles cédées | 70 000 | |
| 2834 Amortissements du matériel de transport | 230 000 | |
| 2340 Matériel de transport | 300 000 |
La plus-value comptable est de 100 000 − 70 000 = 30 000 MAD, enregistrée en résultat non courant. La sortie de l’actif solde les comptes 2340 et 2834. Pour la TVA sur immobilisations, la cession taxable et la durée de détention conduisent à vérifier l’application des règles de régularisation (voir l’article sur les déductions de TVA). La plus-value fait partie du résultat imposable : elle est examinée dans le tableau de passage.
Le tableau des immobilisations : un exemple pour l’annexe
| Rubrique | Valeur brute début | Acquisitions | Cessions | Valeur brute fin |
|---|---|---|---|---|
| Matériel de transport | 600 000 | 300 000 | −300 000 | 600 000 |
| Matériel informatique | 120 000 | 45 000 | −10 000 | 155 000 |
| Mobilier et agencements | 220 000 | 0 | 0 | 220 000 |
| Total | 940 000 | 345 000 | −310 000 | 975 000 |
| Rubrique | Amortissements début | Dotations | Reprises (sorties) | Amortissements fin |
|---|---|---|---|---|
| Matériel de transport | 220 000 | 120 000 | −230 000 | 110 000 |
| Matériel informatique | 70 000 | 38 000 | −10 000 | 98 000 |
| Mobilier et agencements | 110 000 | 22 000 | 0 | 132 000 |
| Total | 400 000 | 180 000 | −240 000 | 340 000 |
Ces tableaux de l’annexe se rapprochent des comptes et du registre. Un écart entre le registre et la balance indique un bien oublié, une cession non enregistrée ou une dotation erronée.
La fiche et l’inventaire physique
Un inventaire des immobilisations est réalisé au moins une fois par an. Le responsable se déplace avec la liste du registre et vérifie : présence du bien, état, localisation, numéro d’identification. Les biens introuvables sont signalés : mise au rebut à constater (VNA en charge non courante), vol (déclaration, assurance) ou erreur de registre. Les biens non inscrits mais présents sont ajoutés, avec évaluation. Un procès-verbal signé par deux personnes documente le résultat.
Questions fréquentes
Un bien de faible valeur doit-il être immobilisé ? La pratique retient souvent un seuil de capitalisation (par exemple 5 000 MAD HT) en dessous duquel la dépense est inscrite en charge ; ce seuil est défini par une politique écrite et appliqué de façon constante.
Les travaux d’entretien s’immobilisent-ils ? Seules les dépenses qui augmentent la valeur ou prolongent la durée d’utilisation du bien s’immobilisent ; l’entretien courant est une charge.
Comment traiter un bien reçu en don ? Entrée à la valeur actuelle (loi 9-88, art. 14) avec un produit non courant correspondant.
Que faire d’un bien totalement amorti ? Il reste à l’actif en valeur brute jusqu’à sa sortie ; l’annexe en tient compte.
Les contrôles à faire à chaque clôture
- Rapprocher le registre des immobilisations et la balance : le total des valeurs d’origine par compte doit coïncider avec le solde du grand livre.
- Vérifier l’existence physique des biens (inventaire physique), en particulier les biens de petite valeur et portables.
- Contrôler les dotations : recalculer par bien et rapprocher du total comptabilisé.
- Examiner les immobilisations en cours anciennes : un bien en cours depuis plus d’un an est probablement en service et non amorti.
- Identifier les biens hors service et les mettre au rebut.
- Vérifier la TVA : récupérée ou intégrée au coût.
Un modèle Excel de registre des immobilisations est disponible pour automatiser le suivi.
Erreurs fréquentes
- Passer en charges une dépense qui prolonge la durée de vie (immobilisable).
- Oublier la dotation de l’exercice de cession jusqu’à la date de vente.
- Immobiliser TVA récupérable.
- Utiliser un seul compte « matériel » pour tout, ce qui empêche de suivre les durées.
- Ne pas séparer le terrain de la construction dans un acte unique.
Pour aller plus loin
Le cycle des immobilisations se prolonge dans les amortissements fiscaux, le crédit-bail, les subventions d’investissement et le choix emprunt, crédit-bail ou comptant. La TVA sur immobilisations et sa régularisation sont décrites dans l’article sur les déductions de TVA.
En résumé
Une immobilisation entre à son coût d’acquisition ou de production, s’amortit sur sa durée d’utilisation, fait l’objet d’un registre rapproché de la comptabilité et sort de l’actif à sa cession ou à sa mise au rebut avec constatation de la plus-value ou de la moins-value. Les contrôles de clôture portent sur l’existence, l’évaluation et le rattachement des biens.
Questions fréquentes
Quel est le seuil en dessous duquel un achat peut être passé directement en charge ?
Le CGNC ne fixe pas de seuil unique. En pratique, les entreprises fixent une politique interne (par exemple un montant unitaire en dessous duquel le petit matériel est passé en charges) et l’appliquent de façon constante. L’administration fiscale exige que ce qui est inscrit en charge soit réellement une dépense courante.
Où comptabiliser un logiciel acheté ?
Un logiciel acquis durablement est une immobilisation incorporelle, compte 2285 (autres immobilisations incorporelles) ou 2220 selon sa nature, amortie sur sa durée d’utilisation. Un abonnement SaaS annuel est une charge externe, pas une immobilisation.
Que devient la TVA sur l’achat d’une immobilisation ?
Elle est récupérable (compte 3455, État TVA récupérable) lorsque le bien est utilisé pour des opérations ouvrant droit à déduction, et n’entre alors pas dans le coût. La TVA non récupérable (véhicule de tourisme par exemple) fait partie du coût d’acquisition.
Faut-il amortir un bien au moment de l’achat ou de la mise en service ?
Comptablement, l’amortissement commence à la mise en service. Fiscalement, la dotation est déductible à partir du premier jour du mois d’acquisition ; pour un bien meuble non utilisé immédiatement, la société peut différer au mois de mise en service.
- Plan comptable général des entreprises (PCGE / CGNC), classes 1, 2, 6 et 7
- CGI 2026, art. 10-I-F-1° — dotations aux amortissements
- Loi 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants
Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.
Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.