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Fiscalité

Amortissements fiscaux au Maroc : linéaire, dégressif, véhicules et calcul pas à pas

Règles de déduction des amortissements (IS) : base, prorata au mois, dégressif et coefficients, véhicules de tourisme, avec deux exemples chiffrés.

Publié le 10 min de lectureNiveau : IntermédiaireRédaction ExpertiseComptable.ma

En bref
  • L’amortissement se calcule sur la valeur d’origine hors TVA déductible et court à partir du premier jour du mois d’acquisition (CGI art. 10-I-F-1°).
  • La déduction n’est admise que si le bien est inscrit à l’actif immobilisé et si l’amortissement est comptabilisé : une dotation oubliée est perdue.
  • Le dégressif est optionnel et irrévocable : taux linéaire multiplié par 1,5 (3 à 4 ans), 2 (5 à 6 ans) ou 3 (plus de 6 ans), appliqué à la valeur résiduelle.
  • Pour les véhicules de tourisme, la valeur déductible est plafonnée à 400 000 MAD TTC répartis sur 5 ans, au taux minimal de 20 %.

Un ordinateur acheté 12 000 MAD ne se retrouve pas en charge l’année de l’achat : il est inscrit à l’actif et sa perte de valeur est répartie sur sa durée d’utilisation. Cette répartition, l’amortissement, est comptable. Le CGI lui ajoute des conditions de déductibilité. Voici les règles, avec deux exemples chiffrés qui montrent la différence entre le linéaire et le dégressif.

Ce qui peut être amorti

L’amortissement concerne les immobilisations corporelles et incorporelles qui se déprécient par le temps ou par l’usage. Sont exclus les terrains, les titres de participation (qui font l’objet de provisions pour dépréciation) et les éléments qui ne subissent pas d’usure.

Les immobilisations en non-valeurs (frais préliminaires, frais d’établissement…) ont un régime à part : amortissement à taux constant sur 5 ans à partir du premier exercice de leur constatation en comptabilité.

Les conditions de déductibilité

Le CGI pose quatre conditions (art. 10-I-F-1°) :

  1. le bien est inscrit dans un compte d’actif immobilisé ;
  2. l’amortissement est régulièrement constaté en comptabilité ;
  3. le taux reste dans la limite des taux admis d’après les usages de chaque profession, industrie ou branche d’activité ;
  4. la dépense d’acquisition n’a pas été comprise par erreur en charges (sinon, régularisation puis amortissement normal à partir de l’exercice suivant).

Une conséquence importante : « la société qui n’inscrit pas en comptabilité la dotation aux amortissements se rapportant à un exercice déterminé perd le droit de déduire ladite dotation du résultat dudit exercice et des exercices suivants ».

La base : la valeur d’origine

L’amortissement se calcule sur la valeur d’origine, hors TVA déductible, telle qu’elle est inscrite à l’actif :

Mode d’entrée du bien Valeur d’origine
Acquisition Prix d’achat + transport, assurance, droits de douane, frais d’installation
Production par l’entreprise Coût de production
Apport Valeur d’apport stipulée dans l’acte
Échange Valeur contractuelle
Prix en devises Contre-valeur en dirhams à la date de la facture

La TVA non récupérable fait partie de la valeur d’origine ; la TVA déductible en est exclue.

Le point de départ : le premier jour du mois

Les dotations sont déductibles à partir du premier jour du mois d’acquisition. Pour un bien meuble non utilisé immédiatement, la société peut différer l’amortissement au premier jour du mois de mise en service. Ce choix est utile pour un équipement livré en novembre mais installé en février.

Exemple 1 : amortissement linéaire

Un camion utilitaire est acquis le 17 mars N pour 300 000 MAD HT (TVA récupérable). Durée d’usage : 5 ans, taux linéaire 20 %.

  • Première année (mars à décembre : 10 mois) : 300 000 × 20 % × 10/12 = 50 000 MAD.
  • Années 2 à 5 : 300 000 × 20 % = 60 000 MAD.
  • Sixième exercice (janvier et février N+5) : 300 000 × 20 % × 2/12 = 10 000 MAD.

Total : 50 000 + 4 × 60 000 + 10 000 = 300 000 MAD.

Exemple 2 : amortissement dégressif

Le CGI permet, pour les biens d’équipement (hors immeubles et véhicules de tourisme), d’opter pour le dégressif : le taux linéaire est multiplié par un coefficient, puis appliqué à la valeur résiduelle et non à la valeur d’origine (art. 10-III-C-1°).

Durée d’amortissement Coefficient
3 ou 4 ans 1,5
5 ou 6 ans 2
Plus de 6 ans 3

Reprenons notre camion (durée 5 ans, taux linéaire 20 %, coefficient 2, taux dégressif 40 %), en année pleine pour simplifier :

Année Base (valeur résiduelle début) Annuité dégressive à 40 % Quotient résiduel / années restantes Annuité retenue
1 300 000 120 000 60 000 120 000
2 180 000 72 000 60 000 72 000
3 108 000 43 200 36 000 43 200
4 64 800 25 920 32 400 32 400
5 32 400 12 960 32 400 32 400

À partir de la quatrième année, le quotient de la valeur résiduelle par le nombre d’années restantes (64 800 / 2 = 32 400 MAD) dépasse l’annuité dégressive (25 920 MAD) : la note circulaire de la DGI autorise alors à retenir ce quotient, ce qui solde le bien à la fin de sa durée. Total : 120 000 + 72 000 + 43 200 + 32 400 + 32 400 = 300 000 MAD.

L’intérêt du dégressif est un report d’impôt : plus d’amortissement les premières années, donc un IS plus faible au début. Sur l’exemple, l’année 1 déduit 120 000 MAD au lieu de 60 000 MAD : 12 000 MAD d’IS en moins à 20 %, regagnés en fin de période.

Les règles de l’option

  • elle est irrévocable : pas de retour au linéaire ;
  • elle se pratique dès la première année d’acquisition du bien ;
  • elle ne demande aucune formalité préalable : elle est réputée exercée dès que la première annuité est calculée en dégressif ;
  • comptablement, la différence entre le dégressif et le linéaire est enregistrée en dotation non courante pour amortissement dérogatoire ;
  • les biens exclus : immeubles, véhicules de tourisme (sauf transport public, transport collectif du personnel et scolaire, location de voitures, ambulances).

Linéaire ou dégressif : l’effet cumulé sur l’impôt

Reprenons le camion de 300 000 MAD amorti sur 5 ans, en année pleine, avec un taux d’IS de 20 %. Comparons les deux modes année par année.

Année Linéaire (20 %) Dégressif (coef. 2) Écart d’annuité IS économisé (dégressif − linéaire)
1 60 000 120 000 +60 000 +12 000
2 60 000 72 000 +12 000 +2 400
3 60 000 43 200 −16 800 −3 360
4 60 000 32 400 −27 600 −5 520
5 60 000 32 400 −27 600 −5 520
Total 300 000 300 000 0 0

Le dégressif n’économise pas d’impôt au total : il le décale. L’entreprise gagne 14 400 MAD de trésorerie sur les deux premières années, qu’elle rembourse ensuite. L’avantage dépend de la capacité de l’entreprise à utiliser la déduction : une société déficitaire n’a pas intérêt à amortir plus vite, car elle ne paiera pas d’IS ; à l’inverse, une société qui investit beaucoup et qui est bénéficiaire gagne en trésorerie.

L’amortissement dérogatoire : l’écriture

La différence entre l’amortissement dégressif fiscal et l’amortissement linéaire comptable est enregistrée en dotation non courante pour amortissement dérogatoire. Pour la première année de l’exemple, si la comptabilité amortit en linéaire (60 000) et que le dégressif fiscal est de 120 000 :

Compte Débit Crédit
Compte de dotation d’exploitation aux amortissements (linéaire) 60 000
Compte d’amortissements de l’immobilisation 60 000
Dotation non courante aux amortissements dérogatoires 60 000
Provision réglementée : amortissements dérogatoires 60 000

Cette écriture fait baisser le résultat comptable de 60 000 MAD supplémentaires et l’aligne sur le résultat fiscal, ce qui évite un retraitement extra-comptable. Les années suivantes, la reprise de la provision réglementée rétablit l’équilibre. Le traitement relève des provisions réglementées, avec un impact sur les capitaux propres.

Mise en service différée : un cas

Une machine est livrée le 15 novembre N, mais installée et mise en service le 1er février N+1. L’entreprise a le choix du point de départ de l’amortissement.

Option Début de l’amortissement Dotation de l’exercice N Dotation de N+1 (machine de 240 000, taux 10 %)
Départ à l’acquisition 1er novembre N 240 000 × 10 % × 2/12 = 4 000 24 000
Départ à la mise en service 1er février N+1 0 24 000 × 11/12 = 22 000

Le choix de la mise en service diffère l’amortissement mais réduit la dotation de N+1. Dans les deux cas, l’option est constante et documentée par le dossier d’installation. Pour une entreprise qui préfère accélérer l’amortissement, le départ à l’acquisition est plus avantageux.

La fiche d’immobilisation : le document à tenir

Une fiche par bien, tenue à jour, répond à toutes les questions du vérificateur :

Rubrique Exemple
Désignation et numéro d’inventaire Camion utilitaire n° 034
Fournisseur et facture Facture n° 2026/118 du 17 mars
Date d’acquisition et de mise en service 17 mars / 17 mars
Valeur d’origine (hors TVA déductible) 300 000
Mode et durée d’amortissement Linéaire, 5 ans
Taux appliqué 20 %
Amortissements cumulés À jour
Localisation et responsable Dépôt de Casablanca, chef de parc
Événements Cession, mise au rebut, sinistre

Cette fiche est rapprochée chaque année avec le tableau des immobilisations et le tableau des amortissements de l’annexe. Elle sert aussi à l’inventaire physique : un bien qui ne se retrouve plus doit être sorti de l’actif.

Questions fréquentes

Peut-on amortir un bien acquis d’occasion ? Oui : la valeur d’origine est le prix d’acquisition et la durée d’amortissement tient compte de l’âge du bien.

Que faire d’un bien totalement amorti toujours utilisé ? Il reste à l’actif à sa valeur brute, avec un amortissement égal à la valeur d’origine ; il sort de l’actif à sa cession ou à sa mise au rebut.

Peut-on réviser la durée d’amortissement ? Un changement de durée constitue un changement d’estimation à justifier et à mentionner dans l’annexe (voir l’article sur les principes comptables).

Un bien financé par crédit-bail s’amortit-il ? Pas pendant le contrat chez le locataire : les redevances sont des charges (voir l’article sur le crédit-bail).

L’amortissement d’un bien subventionné change-t-il ? Non : le bien s’amortit sur sa valeur d’origine ; c’est la reprise de la subvention qui compense en partie la dotation (voir l’article sur les subventions).

Les véhicules de tourisme

Pour les véhicules de transport de personnes (hors exceptions ci-dessus) :

  • le taux d’amortissement ne peut être inférieur à 20 % par an ;
  • la valeur totale fiscalement déductible, répartie sur cinq ans à parts égales, ne peut dépasser 400 000 MAD TTC par véhicule.

Exemple : un véhicule acquis 520 000 MAD TTC. L’amortissement déductible est calculé sur 400 000 MAD : 80 000 MAD par an. L’amortissement comptable sur 520 000 MAD (104 000 MAD par an à 20 %) laisse 24 000 MAD de réintégration par an.

Pour les véhicules pris en crédit-bail ou en location, la part de redevance correspondant à l’amortissement à 20 % sur la fraction du prix supérieure à 400 000 MAD n’est pas déductible (sauf location de trois mois maximum non renouvelable).

Que se passe-t-il à la cession ?

La valeur nette d’amortissement du bien cédé est une charge non courante (art. 10-III-A) ; le prix de cession est un produit non courant (art. 9-I-C). Pour les véhicules plafonnés, les plus-values et moins-values se calculent sur la valeur nette d’amortissement fiscale (avec la limite appliquée).

Les erreurs classiques

  • Dotation non comptabilisée : déduction perdue définitivement.
  • Amortir un terrain ou, dans une construction, ne pas distinguer le terrain de la bâtisse.
  • Oublier la TVA non déductible dans la base (voitures de tourisme : la TVA n’est pas récupérable).
  • Confondre amortissement comptable et fiscal : un taux supérieur aux usages de la profession sera réintégré pour l’excédent.
  • Oublier le prorata de la première année.

À retenir

L’amortissement est une charge calculée, donc contrôlée. Constituez dès l’acquisition une fiche par bien (date, valeur d’origine, durée, mode, taux) : elle servira à la comptabilité, à la liasse fiscale et à la réponse à tout contrôle.

Pour aller plus loin

Les amortissements s’articulent avec plusieurs autres sujets : le passage du résultat comptable au résultat fiscal (article dédié), la reprise des subventions d’investissement (subventions), le crédit-bail (comptabilisation) et la comptabilité des immobilisations (cycle complet). Une fiche par bien, tenue à jour, relie ces sujets et répond aux questions du vérificateur.

En résumé

Quatre conditions de déductibilité (inscription à l’actif, constatation en comptabilité, taux conforme aux usages, dépense non passée en charge), un point de départ au premier jour du mois d’acquisition ou de mise en service, le choix irrévocable du dégressif pour les biens d’équipement, et un plafond de 400 000 MAD TTC pour les véhicules de tourisme. Une fiche par bien et un rapprochement annuel avec le registre sécurisent l’ensemble.

Questions fréquentes

À partir de quelle date commence l’amortissement d’un bien acquis en cours de mois ?

Les dotations sont déductibles à partir du premier jour du mois d’acquisition. Un bien acheté le 17 mars est donc amorti sur 10 mois la première année (mars à décembre). Pour un bien meuble qui n’est pas utilisé immédiatement, la société peut différer l’amortissement au premier jour du mois de sa mise en service.

Peut-on passer du dégressif au linéaire en cours de vie du bien ?

Non en principe : l’option pour le dégressif est irrévocable, la société qui a opté ne peut plus revenir au linéaire. En revanche, la note circulaire admet que, lorsque le calcul fait apparaître une dernière annuité supérieure à la précédente, la société retienne le quotient de la valeur résiduelle par le nombre d’années restantes.

Les terrains s’amortissent-ils ?

Non. L’amortissement concerne les immobilisations qui se déprécient par le temps ou par l’usage. Un terrain ne se déprécie pas : il n’est pas amortissable.

Que se passe-t-il si j’oublie de comptabiliser la dotation d’un exercice ?

La société perd le droit de déduire cette dotation, pour l’exercice concerné et pour les suivants (art. 10-I-F-1°). Le contrôle de la dotation est donc l’un des points les plus importants de la clôture.

Textes de référence
  • CGI 2026, art. 10-I-F-1° — dotations aux amortissements
  • CGI 2026, art. 10-III-C-1° — amortissements dégressifs
  • CGI 2026, art. 12 — déficit et amortissements différés
  • Note circulaire DGI relative à l’amortissement dégressif (avril 2011)

Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.

Rédaction ExpertiseComptable.ma

Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.

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