- Une couverture doit être adossée à une opération courante ou en capital liée à l’activité ; toute spéculation est exclue.
- L’adossement se justifie à la souscription, ou seulement au dénouement pour l’import-export de biens, sous conditions : échéance de 12 mois maximum, plafonds liés aux trois derniers exercices.
- Pour les importations, l’encours de couverture ne dépasse pas 25 % de la moyenne des importations des trois derniers exercices ; pour les exportations, le cumul annuel ne dépasse pas la moyenne du chiffre d’affaires export.
- Une convention-cadre de type ISDA ou FBF est exigée, ainsi qu’une charte de couverture validée annuellement pour les matières premières.
Un importateur qui paie en dollars dans six mois, un exportateur qui encaissera des euros à 90 jours, un industriel exposé au cours du cuivre : tous subissent un risque que des contrats de couverture peuvent neutraliser. L’IGOC 2026 encadre ces outils pour que la couverture reste une protection, jamais un pari.
Les risques que l’on peut couvrir
| Risque | Instrument |
|---|---|
| Change (devises contre dirhams, devises contre devises) | Opérations à terme et autres couvertures, via les banques, pour des opérations courantes ou en capital |
| Taux d’intérêt | Couvertures souscrites par les banques pour leur compte ou pour celui de sociétés, au titre de financements extérieurs |
| Prix des produits de base | Couvertures auprès de banques ou de courtiers négociateurs étrangers sur un marché international organisé (miniers, énergétiques, agricoles, bois, charbon, métaux précieux, crédit carbone) |
| Tout risque inhérent à un actif ou une dette | Réservé aux banques, assureurs, organismes de retraite, FPCT, OPCVM, OPCC, OPCI |
La règle d’or : l’adossement
La couverture doit être adossée à une opération courante ou en capital liée à l’activité de la société, à l’exclusion de toute opération spéculative. Concrètement, l’opérateur présente à la banque un document engageant lui et son partenaire étranger dans la transaction (contrat, commande, facture pro forma). Le but est de réduire ou annuler le risque, jamais d’en prendre un supplémentaire pour réaliser un profit.
La banque vérifie que :
- le montant couvert ne dépasse pas celui de la transaction sous-jacente ;
- l’échéance ne dépasse pas les délais de règlement de l’opération sous-jacente.
Quand justifier l’adossement ?
- À la souscription : cas général.
- Au dénouement seulement : pour les importations et exportations de biens et pour les produits de base achetés au Maroc, à ces conditions :
- échéance du contrat de couverture inférieure ou égale à un an ;
- exportations de biens : le cumul des souscriptions de l’exercice ne dépasse pas la moyenne du chiffre d’affaires export des trois derniers exercices, attestée par un commissaire aux comptes ;
- importations de biens et produits de base achetés au Maroc : l’encours ne dépasse pas 25 % de la moyenne des importations (ou achats) des trois derniers exercices, attesté par un commissaire aux comptes ;
- le souscripteur veille à respecter ces limites pour l’ensemble des couvertures auprès de toutes les banques.
Exemple chiffré
Une entreprise a importé 40 MDH, 48 MDH et 52 MDH de marchandises sur les trois derniers exercices clos.
- Moyenne : (40 + 48 + 52) / 3 = 46,67 MDH.
- Encours maximal de couverture sans justification d’adossement initial : 25 % × 46,67 = 11,67 MDH.
- Au-delà, chaque couverture doit être adossée dès la souscription (contrat ou commande).
Les documents
- Une convention-cadre de type ISDA ou FBF signée avec la banque, détaillant droits et obligations de chacun.
- Une convention de gestion du compte en devises.
- Les pièces d’adossement (au moment prévu ci-dessus).
- Pour les matières premières : une charte de couverture validée par le conseil d’administration (ou organe équivalent) chaque année, précisant les risques identifiés, l’exposition quantifiée, les marchés organisés, sous-jacents et instruments éligibles, et les horizons de couverture. Elle est présentée à l’Office des Changes lors des contrôles.
Règlement et compensation
Les règlements des couvertures passent par une banque marocaine. Les positions nées des couvertures peuvent être compensées par la banque auprès de laquelle elles ont été souscrites, par contrepartie (et, pour les produits de base souscrits auprès de courtiers étrangers, auprès de chaque courtier). La compensation est étendue en 2026 à l’ensemble des couvertures de change, de taux, de prix de produits de base et de risques inhérents à un actif.
Des comptes en devises dédiés exclusivement à la gestion de ces opérations peuvent être ouverts pour les couvertures de matières premières.
Deux exemples chiffrés (hypothèses illustratives)
Un exportateur couvre une créance en euros
Une société facture 500 000 EUR payables dans 6 mois. Au jour de la facture, le cours au comptant est de 10,80 MAD pour 1 EUR : la créance vaut 5 400 000 MAD. La banque propose un terme à 6 mois à 10,85.
| Cours au comptant à l’échéance | Sans couverture (MAD) | Avec terme à 10,85 (MAD) | Écart sans couverture / valeur initiale |
|---|---|---|---|
| 10,50 | 5 250 000 | 5 425 000 | −150 000 |
| 10,80 | 5 400 000 | 5 425 000 | 0 |
| 11,20 | 5 600 000 | 5 425 000 | +200 000 |
La couverture fixe le montant encaissé à 5 425 000 MAD quel que soit le cours. Elle protège contre la baisse de l’euro (−150 000 dans le premier cas) et renonce au gain d’une hausse (+200 000 dans le dernier cas). C’est exactement ce que doit être une couverture : une assurance de prix, pas un pari.
Un importateur couvre une dette en dollars
Une société doit payer 300 000 USD dans 3 mois ; le dollar vaut 9,70 MAD, et le terme à 3 mois est à 9,75.
| Cours à l’échéance | Coût sans couverture (MAD) | Coût avec terme (MAD) | Gain ou perte de la couverture |
|---|---|---|---|
| 9,30 | 2 790 000 | 2 925 000 | −135 000 |
| 9,75 | 2 925 000 | 2 925 000 | 0 |
| 10,20 | 3 060 000 | 2 925 000 | +135 000 |
Si le dollar baisse, la couverture coûte 135 000 MAD de moins-value par rapport à un paiement au comptant ; s’il monte, elle économise 135 000. La société n’a pas à deviner : elle connaît son coût d’achat dès la commande et peut fixer son prix de vente.
D’où vient le cours à terme ?
Le cours à terme n’est pas une prévision : il reflète l’écart de taux d’intérêt entre les deux devises. Avec des taux de 3 % en dirhams et de 2 % en euros sur 6 mois, le terme se calcule approximativement :
Terme ≈ Comptant × (1 + taux MAD × durée) ÷ (1 + taux EUR × durée) = 10,80 × (1 + 0,03 × 0,5) ÷ (1 + 0,02 × 0,5) ≈ 10,85
La banque y ajoute sa marge. Le « coût » de la couverture se lit donc dans l’écart entre terme et comptant (ici 0,05, soit 0,46 %) plus la marge, non dans un prix à part. Comparez toujours deux ou trois banques sur le cours à terme proposé pour la même échéance.
Vérifier les plafonds sur un exemple
Une société exportatrice a réalisé un chiffre d’affaires export de 30, 36 et 42 MDH sur les trois derniers exercices : moyenne de 36 MDH. Sans justification d’adossement à la souscription, elle peut souscrire dans l’exercice des couvertures à terme sur ses exportations de biens pour un cumul de 36 MDH au plus (échéance de 12 mois maximum), attesté par un commissaire aux comptes. Une couverture de 500 000 EUR (environ 5,4 MDH) tient largement dans la limite ; la société qui voudrait couvrir 50 MDH devrait adosser chaque couverture à un contrat ou une commande dès la souscription.
Construire sa politique de couverture en cinq étapes
- Mesurer l’exposition nette : recettes et dépenses en devises par échéance, devise par devise ; une position se compense en partie naturellement (achats et ventes en euros).
- Fixer le taux de couverture : partie de l’exposition couverte (par exemple 50 à 80 % de l’exposition certaine, moins de l’exposition probable).
- Choisir l’instrument : terme simple pour l’essentiel, option pour une exposition incertaine (appel d’offres).
- Documenter l’adossement : contrat, commande ou facture pro forma attachés à chaque couverture ; convention-cadre signée avec la banque.
- Suivre et rendre compte : tableau mensuel des couvertures, des échéances et des dénouements, présenté à la direction ; charte annuelle validée pour les matières premières.
Un exportateur et un importateur face au même cours : deux couvertures
L’exportateur qui vend à terme
Un exportateur attend un paiement de 200 000 EUR dans six mois. Cours comptant : 10,80. Il vend à terme à 10,85 auprès de sa banque. Trois cours possibles à l’échéance :
| Cours comptant à l’échéance | Sans couverture (MAD) | Avec couverture à 10,85 (MAD) | Écart |
|---|---|---|---|
| 10,40 | 2 080 000 | 2 170 000 | +90 000 |
| 10,85 | 2 170 000 | 2 170 000 | 0 |
| 11,30 | 2 260 000 | 2 170 000 | −90 000 |
La couverture fige le produit en dirhams à 2 170 000 MAD. L’exportateur renonce à un gain possible (si l’euro monte), en échange de la certitude de son prix. Pour un exportateur dont la marge est de 6 %, une baisse de l’euro de 4 % effacerait une grande partie du bénéfice de la commande : la couverture protège la marge.
L’importateur qui achète à terme
Un importateur doit payer 150 000 USD dans trois mois. Cours comptant : 9,80 ; cours à terme : 9,86. Il achète à terme.
| Cours comptant à l’échéance | Sans couverture (MAD) | Avec couverture à 9,86 (MAD) | Écart |
|---|---|---|---|
| 9,40 | 1 410 000 | 1 479 000 | −69 000 |
| 9,86 | 1 479 000 | 1 479 000 | 0 |
| 10,30 | 1 545 000 | 1 479 000 | +66 000 |
Si le dollar monte à 10,30, la couverture économise 66 000 MAD ; s’il baisse à 9,40, elle coûte 69 000 MAD par rapport au comptant. L’importateur a fixé son coût d’achat et peut calculer son prix de vente avec certitude.
Le rôle de la couverture dans le prix
Un exportateur négocie un contrat de 500 000 EUR avec une marge brute de 8 % au cours de 10,80. Sans couverture, une baisse de l’euro à 10,40 (−3,7 %) ramène le chiffre d’affaires en dirhams de 5 400 000 à 5 200 000 et la marge brute de 432 000 à 232 000 MAD (le coût en dirhams étant inchangé) : un effondrement de 46 % de la marge. Avec la vente à terme à 10,85, la marge est assurée.
| Cours | Chiffre d’affaires (MAD) | Coût (MAD) | Marge (MAD) | Marge % |
|---|---|---|---|---|
| 10,80 (cours de départ) | 5 400 000 | 4 968 000 | 432 000 | 8,0 % |
| 10,40 | 5 200 000 | 4 968 000 | 232 000 | 4,5 % |
| 10,00 | 5 000 000 | 4 968 000 | 32 000 | 0,6 % |
Cet exemple montre la sensibilité : une baisse de 7,4 % du cours (de 10,80 à 10,00) supprime quasiment toute la marge. Le risque de change est donc un risque d’exploitation, pas seulement financier.
Option ou terme ?
| Critère | Terme ferme | Option de change |
|---|---|---|
| Certitude du cours | Totale | Cours plancher (ou plafond) garanti |
| Coût initial | Aucun | Prime payée au départ |
| Participation au gain si le cours évolue favorablement | Non | Oui |
| Cas d’usage | Flux certain (commande ferme) | Flux incertain (appel d’offres) |
| Complexité | Faible | Plus élevée |
Pour un appel d’offres dont l’issue est incertaine, l’option évite d’être engagé à terme sur un flux qui peut ne pas se produire. Une PME qui débute choisit généralement le terme simple pour ses flux certains.
Un reporting mensuel de la position de change
| Devise | Créances (EUR) | Dettes (EUR) | Position nette | Couverture | Position ouverte |
|---|---|---|---|---|---|
| EUR | 600 000 | 150 000 | +450 000 | 300 000 | +150 000 |
| USD | 100 000 | 340 000 | −240 000 | 240 000 | 0 |
La position ouverte (non couverte) est de 150 000 EUR : le dirigeant décide de la laisser ou de la couvrir à hauteur de la politique. Le tableau, établi chaque mois, accompagne le budget de trésorerie et le suivi de la marge.
Les erreurs à éviter
- Couvrir plus que l’exposition réelle : l’excédent est une position spéculative et il est exclu.
- Oublier de dénouer une couverture dont l’opération sous-jacente est annulée.
- Proroger sans justification : toute prorogation doit être justifiée par le report de la transaction sous-jacente.
- Dépasser les plafonds en répartissant les couvertures sur plusieurs banques sans tenir compte du total.
- Séparer la trésorerie de la comptabilité : les écarts de conversion de clôture doivent être suivis avec les couvertures.
Comptabilité de couverture
Au sens du CGNC, les gains et pertes de change latents sont constatés en écarts de conversion à la clôture ; une couverture parfaite neutralise l’écart. Documentez chaque couverture (sous-jacent, échéance, taux) pour justifier le traitement comptable et fiscal (les pertes de change sont déductibles de l’exercice de leur constatation, CGI art. 10-II-B).
Questions fréquentes
Peut-on se couvrir contre une variation du prix du pétrole ou du blé ?
Oui : les couvertures contre la fluctuation des prix des produits de base (miniers, énergétiques, agricoles, bois, charbon, or, argent et autres métaux précieux, crédit carbone) sont possibles auprès de banques ou de courtiers négociateurs étrangers sur un marché international organisé, sous une charte de couverture.
Un non-résident peut-il se couvrir contre le dirham ?
Les banques peuvent offrir aux non-résidents des couvertures du risque de change devises contre dirhams liées à des opérations en capital : dividendes, remboursements de prêts et de comptes courants, produit de cession d’investissements financés en devises.
Que faire si l’opération sous-jacente est annulée ?
L’opérateur informe son intermédiaire et dénoue sans délai la couverture. Toute annulation ou prorogation du contrat doit être justifiée par l’annulation ou le report de la transaction sous-jacente.
- Office des Changes, IGOC 2026, chapitre V, section 1 — instruments de couverture
Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.
Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.