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Notions de finance

Soldes intermédiaires de gestion (SIG) : lire un compte de produits et charges étape par étape

Du chiffre d’affaires au résultat net : marge brute, valeur ajoutée, EBE, résultat d’exploitation. Les SIG de l’ESG expliqués avec un cas chiffré.

Publié le 11 min de lectureNiveau : IntermédiaireRédaction ExpertiseComptable.ma

En bref
  • Les SIG décomposent le résultat en étapes successives : marge brute sur ventes en l’état, production, consommation, valeur ajoutée, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation, financier, courant, non courant, net.
  • La valeur ajoutée mesure la richesse créée par l’entreprise ; l’EBE mesure la performance économique avant amortissements, financement et impôt.
  • L’état des soldes de gestion (ESG) fait partie des états de synthèse du CGNC.
  • Comparer les SIG sur trois ans permet de repérer ce qui s’améliore ou se dégrade : marge, structure de coûts, financement.

Le compte de produits et charges (CPC) liste produits et charges classés par nature. Mais il ne dit pas comment le résultat se forme. Les soldes intermédiaires de gestion (SIG), réunis dans l’état des soldes de gestion (ESG) du CGNC, reconstituent cette formation étape par étape, de la marge commerciale jusqu’au résultat net.

L’enchaînement des SIG

N° Solde Formule
1 Marge brute sur ventes en l’état Ventes de marchandises − Achats revendus de marchandises (variation de stock incluse)
2 Production de l’exercice Ventes de biens et services produits ± variation de stocks de produits + immobilisations produites par l’entreprise
3 Consommation de l’exercice Achats consommés de matières et fournitures + Autres charges externes
4 Valeur ajoutée Marge brute + Production − Consommation
5 Excédent brut d’exploitation (EBE) Valeur ajoutée + Subventions d’exploitation − Impôts et taxes − Charges de personnel
6 Résultat d’exploitation EBE + Autres produits d’exploitation − Autres charges d’exploitation + Reprises, transferts de charges − Dotations d’exploitation
7 Résultat financier Produits financiers − Charges financières
8 Résultat courant Résultat d’exploitation + Résultat financier
9 Résultat non courant Produits non courants − Charges non courantes
10 Résultat avant impôts Résultat courant + Résultat non courant
11 Résultat net Résultat avant impôts − Impôts sur les résultats

Un EBE négatif s’appelle insuffisance brute d’exploitation (IBE).

Cas chiffré

Compte de produits et charges simplifié d’une société de négoce et de services (en milliers de MAD) :

Poste Montant
Ventes de marchandises 12 000
Achats revendus de marchandises (stock initial 800, achats 7 400, stock final 1 000 → coût 7 200) −7 200
Ventes de services produits 2 400
Autres charges externes (loyers, assurances, honoraires, transport) −1 900
Subventions d’exploitation 100
Impôts et taxes −120
Charges de personnel −2 700
Autres produits d’exploitation 50
Autres charges d’exploitation −30
Dotations d’exploitation (amortissements, provisions) −450
Reprises d’exploitation 40
Produits financiers 20
Charges financières −180
Produits non courants 90
Charges non courantes −60
Impôt sur les résultats −290

Les soldes

Solde Calcul Montant
Marge brute sur ventes 12 000 − 7 200 4 800
Production 2 400 2 400
Consommation 1 900 1 900
Valeur ajoutée 4 800 + 2 400 − 1 900 5 300
EBE 5 300 + 100 − 120 − 2 700 2 580
Résultat d’exploitation 2 580 + 50 − 30 − 450 + 40 2 190
Résultat financier 20 − 180 −160
Résultat courant 2 190 − 160 2 030
Résultat non courant 90 − 60 30
Résultat avant impôts 2 030 + 30 2 060
Résultat net 2 060 − 290 1 770

Comment lire ces chiffres

  1. Taux de marge commerciale = marge brute ÷ ventes de marchandises = 4 800 ÷ 12 000 = 40 %. Le point de départ de la rentabilité d’une activité de négoce.
  2. Taux de valeur ajoutée = VA ÷ (CA + production) = 5 300 ÷ 14 400 = 36,8 %.
  3. Poids des charges de personnel dans la valeur ajoutée = 2 700 ÷ 5 300 = 50,9 %. Plus de la moitié de la richesse créée rémunère le personnel.
  4. Taux d’EBE = EBE ÷ CA = 2 580 ÷ 14 400 = 17,9 %.
  5. Poids des frais financiers = 180 ÷ 2 580 = 7 % de l’EBE : endettement supportable.
  6. Répartition de la valeur ajoutée : personnel 2 700 (51 %), État (impôts, taxes, IS) 410 (7,7 %), prêteurs 180 (3,4 %), entreprise (autofinancement) le reste.

Le même exercice pour une entreprise industrielle

Une entreprise qui fabrique ce qu’elle vend n’a pas de « marge brute sur ventes en l’état » : elle calcule la production de l’exercice. Cas chiffré (milliers de MAD) d’un atelier de fabrication :

Poste Montant
Ventes de produits finis 9 000
Variation de stocks de produits finis (stock final 800, stock initial 500) +300
Immobilisations produites par l’entreprise pour elle-même +200
Production de l’exercice 9 500
Achats de matières (stock initial 500, achats 4 300, stock final 700 → consommation) −4 100
Autres charges externes −1 500
Valeur ajoutée 3 900
Impôts et taxes −80
Charges de personnel −2 200
Excédent brut d’exploitation (EBE) 1 620

Calculs : production = 9 000 + 300 + 200 = 9 500 ; consommation = 4 100 + 1 500 = 5 600 ; VA = 9 500 − 5 600 = 3 900 ; EBE = 3 900 − 80 − 2 200 = 1 620.

Comparer les deux structures

Ratio Négoce et services (cas précédent) Atelier industriel
Taux de valeur ajoutée (VA ÷ (CA + production)) 36,8 % 3 900 ÷ 9 500 = 41,1 %
Poids du personnel dans la VA 50,9 % 2 200 ÷ 3 900 = 56,4 %
Taux d’EBE (EBE ÷ CA ou production) 17,9 % 1 620 ÷ 9 000 = 18,0 %

Deux activités très différentes arrivent à un taux d’EBE comparable, mais par des chemins distincts : le négociant s’appuie sur la marge commerciale, l’industriel sur la valeur qu’il crée en transformant. La part du personnel dans la valeur ajoutée, plus élevée dans l’atelier, annonce une sensibilité plus forte aux hausses de salaires ; l’analyse suit le même schéma que pour le négoce, avec des comparaisons à l’intérieur du même secteur (voir l’article sur les ratios financiers).

Pièges propres à l’industrie

  • La variation de stocks de produits se calcule sur les stocks de produits finis et en cours (comptes 7131 et 7132) ; un stock final surévalué gonfle la production et la valeur ajoutée (voir l’article sur la comptabilité des stocks).
  • Les immobilisations produites pour soi-même s’ajoutent à la production : elles sont valorisées au coût de production ; leur omission sous-estime la valeur ajoutée.
  • Le coût de la sous-traitance se classe en consommation de l’exercice ; une sous-traitance importante réduit mécaniquement le taux de valeur ajoutée sans refléter une moindre performance.

Comparer deux exercices : l’analyse en variation

Un seul exercice informe peu. Voici les mêmes soldes pour la société de négoce et de services, comparés à l’exercice précédent (données illustratives, en milliers de MAD) :

Solde N−1 N Variation Variation en %
Ventes de marchandises 11 000 12 000 +1 000 +9,1 %
Marge brute sur ventes 4 180 4 800 +620 +14,8 %
Taux de marge commerciale 38,0 % 40,0 % +2,0 pt
Ventes de services 2 100 2 400 +300 +14,3 %
Consommation de l’exercice 1 750 1 900 +150 +8,6 %
Valeur ajoutée 4 530 5 300 +770 +17,0 %
Charges de personnel 2 450 2 700 +250 +10,2 %
EBE 2 060 2 580 +520 +25,2 %
Taux d’EBE (EBE ÷ CA total) 15,7 % 17,9 % +2,2 pt
Résultat net 1 390 1 770 +380 +27,3 %

Lecture : le chiffre d’affaires progresse de 9,9 % (de 13 100 à 14 400), la valeur ajoutée de 17 %, l’EBE de 25 %. C’est un effet de ciseaux favorable : les produits augmentent plus vite que les charges. La hausse du taux de marge (de 38 % à 40 %) explique l’essentiel de l’amélioration (+240 de marge à volume constant), tandis que les charges de personnel (+10,2 %) progressent moins vite que la valeur ajoutée (+17 %). Si la tendance s’était inversée, l’analyse aurait signalé un « effet de ciseaux défavorable ».

Du résultat d’exploitation à la CAF

Les SIG s’arrêtent au résultat net. Pour mesurer la ressource financière générée, on passe à la capacité d’autofinancement, qui retire du résultat les éléments calculés non décaissés. Pour le cas chiffré (milliers de MAD) :

Étape Calcul Montant
Résultat net 1 770
+ Dotations d’exploitation + 450
− Reprises d’exploitation − 40
− Résultat non courant (produits de cessions nets des charges, non pris en compte dans la CAF) − 30
Capacité d’autofinancement 1 770 + 450 − 40 − 30 2 150

Construire les SIG dans Excel

Un classeur à trois feuilles suffit :

Feuille Contenu
Balance Export de la balance par compte (classe 6 et 7), avec soldes de fin d’exercice et d’ouverture
Correspondance Table qui affecte chaque compte au poste de l’ESG (ventes, achats, autres charges externes, personnel…)
SIG Tableau des soldes avec formules SOMME.SI(Correspondance[Poste];"Ventes";Balance[Solde])

La table de correspondance est la clé : si chaque compte est rattaché à un poste, l’état se met à jour automatiquement à chaque nouvelle balance. Une cellule de contrôle vérifie que le résultat net des SIG est égal au résultat net de la balance. Le classeur sert à comparer des périodes (mensuel, trimestriel), à produire des SIG prévisionnels et à les présenter au dirigeant en une page.

Les SIG dans un échange avec la banque

Les banquiers lisent les SIG avant le bilan. Les questions qu’ils posent le plus souvent :

Question Solde ou ratio examiné Réponse type pour la société de l’exemple
L’activité est-elle rentable avant frais financiers ? EBE, taux d’EBE EBE de 2 580, soit 17,9 % du chiffre d’affaires
Les charges de personnel sont-elles maîtrisées ? Personnel ÷ valeur ajoutée 50,9 %, en baisse par rapport à N−1 (54,1 %)
Les frais financiers sont-ils supportables ? Charges financières ÷ EBE 7 %
Le résultat comprend-il des éléments exceptionnels ? Résultat non courant 30, soit 1,5 % du résultat avant impôt
Quelle est la capacité de remboursement ? CAF, dettes ÷ CAF CAF de 2 150 ; dettes de financement de 1 800 : moins d’un an de CAF

Préparer ce tableau avant l’entretien, avec les explications des variations, donne confiance et réduit les demandes de pièces complémentaires.

À quoi servent les SIG ?

Question Solde à examiner
Les prix et achats sont-ils maîtrisés ? Marge brute
L’entreprise crée-t-elle de la richesse ? Valeur ajoutée
L’activité génère-t-elle du cash avant financement ? EBE
La politique d’amortissement pèse-t-elle ? Écart EBE → résultat d’exploitation
Le financement est-il lourd ? Résultat financier
Les éléments exceptionnels déforment-ils le résultat ? Résultat non courant

Erreurs d’interprétation

  • Comparer des EBE d’entreprises de structures différentes (location contre propriété de locaux).
  • Ignorer la variation de stocks dans la marge.
  • Oublier les éléments non courants (cession d’immobilisation) qui gonflent le résultat net sans refléter l’activité.
  • Raisonner sur un seul exercice : la tendance importe plus que le niveau.

Pour aller plus loin

La suite logique des SIG est la capacité d’autofinancement (CAF), qui retire des soldes les éléments calculés (dotations, reprises) et non décaissés (voir la CAF), puis les ratios qui rapportent ces soldes à l’activité et à la structure financière.

Cas particuliers et situations limites

L’entreprise est une holding. Les SIG classiques s’appliquent mal : l’essentiel du résultat vient des produits de participation et des charges financières. On lit alors surtout le résultat financier et le résultat courant.

L’activité est saisonnière. Les SIG annuels masquent les creux ; calculer des SIG trimestriels ou mensuels pour mesurer la saisonnalité et dimensionner le besoin de trésorerie.

Une cession d’immobilisation gonfle le résultat net. Isoler le résultat non courant : la plus-value ne reflète pas la performance récurrente. L’EBE et le résultat courant sont les meilleurs indicateurs de l’activité.

Le crédit-bail est important. Les redevances sont des charges externes : elles abaissent l’EBE par rapport à une entreprise qui achète et finance par emprunt (dont les charges d’amortissement et d’intérêts sont sous l’EBE). Retraiter pour comparer.

Le stock varie fortement. La variation de stocks de produits ou de marchandises influence la marge et la production : un stock final surévalué améliore artificiellement les SIG ; vérifier les inventaires.

À retenir

Les SIG décomposent la formation du résultat : marge, production, valeur ajoutée, EBE, résultat d’exploitation, résultat courant, résultat net. L’EBE et le résultat courant mesurent la performance récurrente ; le résultat non courant l’éclaire. La comparaison sur plusieurs exercices et avec le secteur donne tout leur sens aux chiffres.

En résumé

Marge, production, valeur ajoutée, EBE, résultat d’exploitation, résultat courant, résultat non courant et résultat net racontent comment l’entreprise crée et partage sa richesse. Les taux de marge, de valeur ajoutée et d’EBE, comparés d’un exercice à l’autre et au secteur, sont les premiers indicateurs de pilotage.

Questions fréquentes

Quelle différence entre résultat net et EBE ?

Le résultat net est le résultat final après amortissements, charges financières, éléments non courants et impôt. L’EBE est le résultat d’exploitation avant dotations aux amortissements et provisions : il mesure la capacité de l’activité à générer du cash avant politique d’amortissement, de financement et de fiscalité.

Où trouve-t-on les SIG dans les états de synthèse ?

Dans l’état des soldes de gestion (ESG), second état de synthèse avec le bilan, le CPC et le tableau de financement, établi à partir du compte de produits et charges.

La valeur ajoutée est-elle un bon indicateur de taille ?

Elle mesure la richesse créée en propre (production moins consommations intermédiaires) et sert de base à la répartition entre personnel, État, prêteurs, associés et entreprise. Elle est plus fiable que le chiffre d’affaires pour comparer des entreprises à intégration différente.

Que faire d’un EBE faible ?

L’analyser par ses composantes : marge brute faible (prix, coûts d’achat), valeur ajoutée consommée par les charges externes, ou charges de personnel excessives. Une étude de la structure de coûts s’impose.

Rédaction ExpertiseComptable.ma

Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.

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