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Fiscalité

Taux de TVA au Maroc en 2026 : 20 % ou 10 %, comment savoir lequel appliquer

La TVA marocaine compte deux taux, 20 % et 10 %. Liste des opérations à 10 %, des exonérations et méthode en 5 questions pour choisir le bon taux.

Publié le 10 min de lectureNiveau : DébutantRédaction ExpertiseComptable.ma

En bref
  • Le CGI 2026 (art. 99) ne prévoit plus que deux taux de TVA : 20 % (taux normal) et 10 % (taux réduit) ; les anciens taux de 7 % et 14 % ont disparu.
  • Le taux de 10 % s’applique notamment à l’hébergement et la restauration, aux opérations de banque et de crédit, au transport, à l’eau, au sucre raffiné, au gaz, à certains équipements agricoles et solaires.
  • Certains produits sont exonérés sans droit à déduction (pain, lait, viande, farines…), d’autres exonérés avec droit à déduction (exportations, certains équipements).
  • Le taux se détermine par opération : un même établissement peut facturer à 20 % et à 10 %.

Facturer la bonne TVA est une question de survie pour une entreprise : un taux trop bas expose à un redressement, un taux trop haut fâche les clients et fausse les prix. Depuis la réforme de la TVA, la grille marocaine est simple : deux taux, 20 % et 10 %, plus un ensemble d’exonérations. Voici comment s’y retrouver.

Les deux taux de l’article 99

Taux Principe
20 % Taux normal : toute opération imposable qui n’est ni exonérée ni expressément placée au taux réduit
10 % Taux réduit, avec droit à déduction pour la quasi-totalité des cas (sauf agents et courtiers d’assurances)

Ce qui est à 10 %

L’article 99-B énumère les opérations taxées à 10 %. Les principales catégories :

Services

  • hébergement et restauration, prestations des exploitants de cafés ;
  • location d’immeubles à usage d’hôtels, motels, villages de vacances ou ensembles touristiques ;
  • billets d’entrée aux musées, cinémas et théâtres ;
  • opérations de banque et de crédit et commissions de change ;
  • opérations de financement des contrats Mourabaha, Salam, Istisna’a et Ijara Mountahia Bitamlik pour les acquisitions d’habitation personnelle ;
  • transport urbain et transport routier de voyageurs et de marchandises (sous réserve de dispositions transitoires de l’article 247) ;
  • prestations d’assainissement et vente d’eau destinée aux réseaux de distribution publique, location du compteur d’eau.

Biens alimentaires et énergétiques

  • huiles alimentaires fluides (hors huile de palme), sel de cuisine, riz usiné ;
  • pâtes alimentaires autres que les pâtes courtes non cuites exonérées ;
  • sucre raffiné ou aggloméré ;
  • aliments pour le bétail et les animaux de basse-cour ;
  • gaz de pétrole et hydrocarbures gazeux, huiles de pétrole brutes ou raffinées ;
  • énergie électrique produite à partir d’énergies renouvelables (sous conditions).

Équipements et divers

  • panneaux photovoltaïques, chauffe-eaux solaires ;
  • œuvres et objets d’art ;
  • matériels agricoles à usage exclusivement agricole (moissonneuses-batteuses, pivots, canons anti-grêle…) et équipements de pêche énumérés ;
  • transactions sur valeurs mobilières par les sociétés de bourse et sur parts d’OPCVM ;
  • véhicule dit « voiture économique ».

Exception de nature : les prestations des agents démarcheurs et courtiers d’assurances sont à 10 % sans droit à déduction.

Les exonérations (hors du taux)

Une opération exonérée n’est pas à 0 % : elle est hors taxe, avec ou sans droit à déduction.

  • Sans droit à déduction (art. 91) : le pain, le couscous, les semoules, les pâtes courtes non cuites, les farines, les levures de panification, le lait et ses dérivés listés, le sucre brut, les dattes conditionnées produites au Maroc, les produits de la pêche, la viande fraîche ou congelée, l’huile d’olive artisanale, les conserves de sardines, le savon de ménage, entre autres.
  • Avec droit à déduction (art. 92) : notamment les produits livrés et services rendus à l’exportation, les marchandises placées sous régimes douaniers suspensifs (travaux à façon compris), les engrais et matières fertilisantes, les produits phytosanitaires et tracteurs destinés à un usage exclusivement agricole, entre autres cas listés. Le bénéfice de l’exonération à l’export est subordonné à la justification de l’exportation (titres de transport, documents douaniers, règlement en devises pour les services).

Méthode en 5 questions pour choisir le taux

  1. L’opération est-elle dans le champ de la TVA ? (art. 89 : fabrication, vente en gros, services, professions libérales, banque…) Sinon, pas de TVA.
  2. Est-elle exonérée ? (art. 91 et 92) Sinon, passer à la question 3.
  3. Est-elle expressément à 10 % ? (art. 99-B) Vérifier la nature précise du produit ou du service.
  4. Sinon, 20 %.
  5. Conserver la justification du classement pour les opérations litigieuses (note interne, consultation, tarif douanier).

Exemples

Opération Taux Justification
Honoraires d’un cabinet de conseil 20 % Prestation de service (art. 89-I-10°-b)
Menu servi dans un restaurant 10 % Restauration
Frais d’un compte bancaire facturés à une société 10 % Opérations de banque
Vente de farine de blé tendre Exonérée Art. 91
Vente d’un ordinateur à un client en boutique 20 % Taux normal
Huile de table (tournesol) 10 % Huiles fluides alimentaires
Transport routier de marchandises 10 % Transport routier
Exportation de marchandises Exonérée avec droit à déduction Art. 92

Facturer plusieurs taux sur une même facture

Une facture peut mélanger des opérations à 20 % et à 10 % : chaque ligne indique son taux, et la facture récapitule les bases et les montants de TVA par taux (art. 145). Ce détail est repris dans la déclaration, qui ventile le chiffre d’affaires par nature d’activité et par taux (art. 112).

Une facture à deux taux

Un négociant vend de l’huile de table et du matériel informatique à un même client.

Ligne HT (MAD) Taux TVA TTC
Huile de table (1 000 litres) 10 000 10 % 1 000 11 000
Ordinateur portable 8 000 20 % 1 600 9 600
Total 18 000 2 600 20 600

La facture récapitule les bases et la TVA par taux, ce qui facilite la déclaration. Les taux sont à paramétrer dans l’outil de facturation produit par produit : un seul taux par défaut sur toute la facture est source d’erreurs.

Quand les achats sont à 20 % et les ventes à 10 %

Une entreprise qui vend une marchandise à 10 % mais supporte des achats (emballages, transport, services, matériel) à 20 % enregistre une TVA déductible supérieure à sa TVA collectée. Exemple mensuel :

Élément Base HT TVA
Ventes taxées à 10 % 100 000 10 000 collectée
Achats et frais taxés à 20 % 70 000 14 000 déductible
Position Crédit de 4 000

Ce crédit se renouvelle chaque mois tant que la structure des taux ne change pas ; l’entreprise doit prévoir comment il sera traité (report sur les déclarations suivantes, ou demande de remboursement quand les conditions du CGI le permettent) et ne pas le laisser s’accumuler sans suivi.

Contrôler le paramétrage de son logiciel

  1. Les taux sont limités à 20 % et 10 %, plus l’exonération avec ou sans droit à déduction ; aucun taux ancien ne subsiste dans les fiches produits.
  2. Chaque produit ou service est rattaché au bon taux, avec la justification dans la fiche (article du CGI ou note interne).
  3. Les opérations exonérées portent une mention explicite (« exonéré art. 91 » ou « exportation art. 92 ») sur la facture.
  4. Un état trimestriel des chiffres d’affaires par taux est rapproché de la déclaration de TVA.
  5. Les nouveautés de la loi de finances sont intégrées au paramétrage dès leur entrée en vigueur.

Passer du HT au TTC et du TTC à la TVA incluse

Deux conversions reviennent chaque jour en comptabilité.

Opération Taux de 20 % Taux de 10 %
TTC à partir du HT HT × 1,20 HT × 1,10
TVA à partir du HT HT × 0,20 HT × 0,10
HT à partir du TTC TTC ÷ 1,20 TTC ÷ 1,10
TVA incluse dans un TTC TTC × 20/120 = TTC ÷ 6 TTC × 10/110 = TTC ÷ 11

Exemples : un prix TTC de 1 200 MAD au taux de 20 % contient 1 200 ÷ 6 = 200 MAD de TVA (HT : 1 000). Un menu à 330 MAD TTC en restauration (10 %) contient 330 ÷ 11 = 30 MAD de TVA (HT : 300). L’erreur classique consiste à calculer 20 % du TTC (240 MAD au lieu de 200).

Prix TTC affiché Taux HT TVA incluse
600 20 % 500,00 100,00
600 10 % 545,45 54,55
1 650 10 % 1 500,00 150,00
2 400 20 % 2 000,00 400,00

Le prix de vente pour une marge cible, selon le taux

Un commerçant achète un article 100 MAD HT et vise 40 % de marge sur le coût (prix HT = 140). Le prix affiché au client change selon le taux applicable.

Produit Prix HT Taux TVA Prix TTC affiché
Produit à 20 % 140 20 % 28 168
Produit à 10 % 140 10 % 14 154
Produit exonéré 140 0 0 140

Le commerçant raisonne en HT pour sa marge. En revanche, un prix TTC « rond » affiché (par exemple 150 MAD) laisse un HT différent selon le taux : 125 MAD à 20 %, 136,36 MAD à 10 %. Changer de taux modifie donc la marge si le prix TTC reste inchangé.

L’effet d’une erreur de taux

Une société applique 10 % au lieu de 20 % sur une prestation de 100 000 MAD HT, par un mauvais paramétrage de son logiciel.

Poste Taux appliqué (10 %) Taux correct (20 %) Écart
TVA facturée 10 000 20 000 −10 000
Prix TTC facturé 110 000 120 000 −10 000

La TVA manquante de 10 000 MAD est à reverser par la société. Elle ne peut pas la réclamer au client si la facture est définitive et si le contrat ne le prévoit pas. À cela s’ajoutent, en cas de rectification, les majorations et les pénalités (voir l’article sur les sanctions). Correction de la facture : avoir de 110 000 TTC, puis nouvelle facture à 120 000 TTC, avec accord du client.

Une erreur de taux côté achats

Un fournisseur facture à tort 10 % sur une prestation soumise à 20 %. L’acheteur déduit la TVA de la facture (10 000 pour 100 000 HT). Si l’administration rectifie la facturation, la déduction reste limitée à la TVA qui pouvait légalement être facturée : l’acheteur déduit ce que son fournisseur doit effectivement. Le risque de redressement porte surtout sur le fournisseur, mais l’acheteur a intérêt à vérifier le taux et à demander une facture rectifiée.

Un tableau de contrôle du paramétrage

Contrôle Question
Tous les produits ont-ils un taux explicite ? Aucun taux par défaut non vérifié
Les produits à 10 % sont-ils identifiés avec leur base légale ? Fiche produit avec référence
Les produits exonérés portent-ils la mention d’exonération ? Article 91 ou 92 selon le cas
Les services mixtes sont-ils décomposés ? Une ligne par nature d’opération
Les nouveautés de loi de finances sont-elles appliquées ? Date d’entrée en vigueur
Les taux de la déclaration correspondent-ils à ceux de la facturation ? Rapprochement mensuel

Pour une revue rapide, extrayez du logiciel un état du chiffre d’affaires par taux et rapprochez-le de la déclaration de TVA : un écart est le signe d’une erreur de taux ou d’une opération mal classée.

Pièges

  • Appliquer l’ancien taux de 14 % ou 7 % par habitude de logiciel : paramétrer les taux 20/10.
  • Traiter une opération exonérée comme taxable : la facture ne doit pas mentionner de TVA.
  • Ne pas distinguer pain/pâtisserie, huile d’olive artisanale/industrielle : le régime change.
  • Ignorer le droit à déduction pour les opérations exonérées sans droit : la TVA sur achats n’est pas récupérable (prorata).

Pour calculer rapidement HT, TVA et TTC, utilisez le calculateur de TVA.

Cas particuliers et situations limites

Une même vente combine un produit à 10 % et un service à 20 %. Facturer chaque ligne à son taux ; ne pas appliquer le taux de la ligne principale à l’ensemble, sauf dispositions spéciales.

Un produit change de taux avec une loi de finances. Le taux applicable est celui en vigueur à la date du fait générateur ; les acomptes encaissés avant le changement sont régularisés selon les règles de la loi.

L’entreprise vend à un client exonéré (organisme international). Exiger les justificatifs d’exonération et indiquer la base légale sur la facture.

Le prix TTC est imposé par le marché. Le taux détermine le HT : à prix TTC constant, une TVA à 20 % laisse un HT plus faible qu’une TVA à 10 %.

Une activité mixte (restauration et vente de produits) combine plusieurs taux. Tenir une comptabilité qui permet de ventiler le chiffre d’affaires par taux, indispensable pour la déclaration.

À retenir

Deux taux (20 % et 10 %) et des exonérations : classer chaque opération avec sa base légale.

Questions fréquentes

Existe-t-il encore un taux de 7 % ou de 14 % ?

Non. L’article 99 du CGI en vigueur fixe uniquement le taux normal de 20 % et le taux de 10 %. La réforme de la TVA, engagée par la loi de finances 2024, a abouti à ce régime à deux taux.

Une banque facture-t-elle de la TVA ?

Oui : les opérations de banque et de crédit et les commissions de change sont imposables (art. 89-I-11°) et taxées à 10 % avec droit à déduction (art. 99-B-1°).

La restauration est-elle à 10 % ?

Oui : les opérations d’hébergement et de restauration et les prestations des exploitants de cafés relèvent du taux de 10 % avec droit à déduction.

Un produit n’est pas listé : quel taux ?

Les opérations imposables qui ne figurent pas dans la liste des opérations à 10 % ou dans les exonérations relèvent du taux normal de 20 %. En cas de doute sur la classification d’un produit, interrogez un conseil fiscal.

Textes de référence
  • CGI 2026, art. 99 — taux de la taxe sur la valeur ajoutée
  • CGI 2026, art. 89 — opérations obligatoirement imposables
  • CGI 2026, art. 91 — exonérations sans droit à déduction
  • CGI 2026, art. 92 — exonérations avec droit à déduction

Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.

Rédaction ExpertiseComptable.ma

Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.

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