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Change et international

Réglementation des changes au Maroc : les principes que toute entreprise doit connaître

Résident ou non-résident, règlements, justificatifs (formules 1 à 6), conservation des pièces : les règles de base de l’IGOC 2026 avec cas pratiques.

Publié le 10 min de lectureNiveau : DébutantRédaction ExpertiseComptable.ma

En bref
  • Les contrats entre résidents et non-résidents peuvent être libellés en dirhams ou en devises, mais les règlements s’effectuent en l’une des devises cotées par Bank Al-Maghrib.
  • Les transactions doivent être effectives et rémunérées au prix du marché : la responsabilité en incombe à l’opérateur économique, pas à la banque.
  • Les banques exécutent les règlements ; les justificatifs (formules 1 à 6, avis de crédit ou de débit, bordereau de change) doivent être conservés.
  • Une opération non prévue par l’IGOC exige l’autorisation préalable de l’Office des Changes.

La réglementation des changes encadre tout mouvement d’argent entre le Maroc et l’étranger : paiement d’un fournisseur, encaissement d’un client à l’export, financement par une maison mère, investissement. Elle repose sur un petit nombre de principes qui se retrouvent dans chaque opération. Les comprendre évite les blocages bancaires et les infractions.

Premier réflexe : qui est résident, qui est non-résident ?

La réglementation des changes raisonne en résident / non-résident, et non en nationalité.

Résident Non-résident
Personne physique, marocaine ou étrangère, résidente au sens de la législation fiscale Personne physique non-résidente au sens fiscal
Personne morale marocaine Personne morale étrangère
Établissement, représentation, agence ou succursale d’une entité étrangère considéré comme résident (sens fiscal et change) Établissement, succursale ou dépendance d’une personne morale marocaine considéré comme non-résident
Entité installée dans une place financière offshore ou une zone d’accélération industrielle sise au Maroc

Conséquence pratique : une filiale installée dans une zone d’accélération industrielle est traitée comme un non-résident dans ses relations avec le territoire assujetti, alors qu’une succursale marocaine imposée comme une société de droit marocain peut réaliser librement les opérations courantes dans les conditions de l’Instruction, avec les mêmes obligations de rapatriement que les résidents.

Opération courante ou opération en capital

La distinction détermine les règles applicables :

  • Opérations courantes : commerce de biens et de services, revenus des investissements et placements, intérêts de prêts, économies sur revenus du travail. Elles sont en grande partie libres, dans les conditions de l’IGOC.
  • Opérations en capital : investissements, placements, financements, acquisitions ou cessions d’avoirs, prises d’engagement. Elles sont encadrées plus strictement.

Les cinq principes de base

  1. Monnaie des contrats et des règlements. Les contrats entre résidents et non-résidents peuvent être libellés en dirhams ou en devises. Les règlements correspondants s’exécutent en l’une des devises cotées par Bank Al-Maghrib.
  2. Délégation aux banques. Les banques sont habilitées à exécuter les règlements prévus par l’IGOC ou par une autorisation particulière de l’Office des Changes.
  3. Effectivité et prix du marché. Les règlements doivent porter sur des transactions effectives, rémunérées au prix du marché. L’opérateur économique, non la banque, répond du respect de ces conditions : une facture surévaluée ou fictive engage sa responsabilité.
  4. Respect des autres législations. Une opération de change conforme à l’IGOC doit aussi respecter les autres textes (douane, fiscalité, droit des sociétés).
  5. Impôts et taxes. Les règlements au profit de non-résidents sont exécutés conformément aux règles fiscales : si l’impôt est à la charge du non-résident, le règlement porte sur le montant net d’impôt. C’est le cas de la retenue à la source sur prestations de services versées à l’étranger.

Comment payer ou être payé : les modes de règlement

Vers l’étranger : virement, crédit d’un compte en devises ou en dirhams convertibles, mandat postal international. Les billets de banque étrangers et les cartes de paiement internationales ne sont utilisables que dans les cas prévus.

En provenance de l’étranger : virement reçu, débit d’un compte en devises ou en dirhams convertibles, mandat postal international.

Règle d’ordre : lorsqu’une entreprise dispose d’un compte en devises ou en dirhams convertibles, elle utilise en priorité les disponibilités de ce compte pour ses règlements.

Les cartes de paiement internationales

Les banques peuvent émettre des cartes pour des titulaires de comptes en devises ou bénéficiaires de dotations. La carte doit être nominative et techniquement conçue pour empêcher tout dépassement des montants autorisés. Le reliquat des dotations au 31 décembre n’est pas reportable.

Les justificatifs de règlement

Pour tout règlement avec l’étranger, la banque établit un justificatif et en remet copie au client :

Justificatif Objet
Formule 1 Vente de devises à la clientèle
Formule 2 Achat de devises à la clientèle
Formule 3 Débit du compte en dirhams convertibles d’un correspondant étranger au bénéfice d’un client résident
Formule 4 Débit du compte en dirhams convertibles d’un client étranger ou d’un MRE pour financer un investissement au Maroc
Formule 5 Crédit du compte en devises d’un exportateur
Formule 6 Débit du compte en devises d’un exportateur
Avis de crédit ou de débit Référence à l’opération de change
Bordereau de change Pour les billets de banque, visé et cacheté, avec la déclaration douanière à l’importation

Ces pièces forment le dossier à produire en cas de contrôle de l’Office des Changes.

Annuler un règlement

  • Paiement vers l’étranger annulé : on rapatrie et on cède les devises sans délai, ou on débite le compte en devises initialement crédité, déduction faite des frais bancaires.
  • Encaissement par erreur, chèque retourné impayé, doublon : la banque peut transférer tout ou partie du montant, dans un délai ne dépassant pas un an à compter de la réception des fonds.

Obligations déclaratives et conservation

  • Les personnes physiques marocaines résidentes qui entrent en possession d’avoirs ou de liquidités à l’étranger doivent les déclarer à l’Office des Changes dans un délai de trois mois à compter de leur entrée dans leur patrimoine.
  • Les entreprises résidentes, les représentations d’entités non-résidentes, les associations et coopératives qui réalisent des opérations couvertes par l’Instruction doivent conserver les documents correspondants, conformément au code de commerce.

Sept questions avant tout paiement ou encaissement avec l’étranger

Face à une opération concrète, ce petit questionnaire évite l’essentiel des blocages bancaires :

  1. Mon cocontractant est-il résident ou non-résident ? Une société établie dans une zone d’accélération industrielle ou une place financière offshore sise au Maroc est traitée comme non-résidente.
  2. S’agit-il d’une opération courante ou d’une opération en capital ? Les premières sont en grande partie libres ; les secondes sont plus encadrées.
  3. L’opération figure-t-elle dans l’IGOC avec ses conditions ? Si oui, la banque l’exécute sur présentation des justificatifs ; sinon, une autorisation de l’Office des Changes est nécessaire.
  4. La transaction est-elle effective et au prix du marché ? Contrat, facture détaillée, preuve de livraison ou d’exécution.
  5. Quels impôts sont dus au Maroc ? Retenue à la source, TVA autoliquidée, droits de douane : ils conditionnent le montant net à virer.
  6. Ai-je un compte en devises ? Si oui, il sert en priorité aux règlements.
  7. Quel dossier dois-je conserver ? Contrat, facture, justificatif bancaire, pièces douanières ou fiscales.

Répondre par écrit à ces questions, dans une fiche d’opération d’une page, rend l’entreprise autonome et réduit les allers-retours avec la banque.

Cinq situations concrètes

1. Une filiale en zone d’accélération industrielle. Une société située dans la zone d’accélération industrielle facture une société marocaine hors zone. Les relations entre elles sont des relations avec un non-résident : règlement en devises ou en dirhams convertibles selon les cas, justificatifs de change, formalités douanières. Une PME qui sous-traite à cette société doit donc appliquer les règles du commerce extérieur pour ce flux, même s’il est physiquement local.

2. Un paiement annulé après envoi. Une entreprise vire 20 000 EUR à un fournisseur étranger pour une commande ensuite annulée. Les fonds reviennent sur son compte : elle doit les rapatrier et les céder sans délai, ou les reverser sur le compte en devises initialement débité, déduction faite des frais bancaires. Conserver l’échange de courriels prouvant l’annulation.

3. Un encaissement par erreur. Un client étranger règle deux fois la même facture. La banque peut transférer tout ou partie du montant dans un délai d’un an à compter de la réception des fonds. Au-delà, une demande d’autorisation est nécessaire. Consigner l’erreur dans la comptabilité (compte de tiers) évite de la confondre avec un produit.

4. Un paiement en devises sur le territoire. Un prestataire étranger de passage au Maroc réclame d’être payé en euros en espèces par un client résident. Le règlement en devises sur le territoire assujetti est soumis à autorisation de l’Office des Changes : le paiement correct passe par la banque, en dirhams ou par virement à l’étranger.

5. Une carte de paiement internationale. Une entreprise dotée d’un compte en devises émet une carte nominative pour son directeur commercial en voyage. La carte est plafonnée au montant de la dotation disponible ; le solde non utilisé au 31 décembre n’est pas reportable.

Qui fait quoi : entreprise, banque, Office des Changes

Acteur Rôle Responsabilité
Entreprise Qualifier l’opération, réunir les justificatifs, respecter les délais Effectivité de la transaction, prix du marché, rapatriement dans les délais
Banque Exécuter les opérations conformes à l’IGOC, demander les justificatifs, remettre les formules de change Contrôle de conformité au moment du règlement
Office des Changes Édicter l’IGOC, autoriser les opérations non prévues, contrôler Autorisations préalables, contrôles a posteriori
Administration fiscale / douane Contrôler l’impôt et les droits liés à l’opération Retenue à la source, TVA, droits de douane

Le point central : le contrôle de la banque n’exonère pas l’entreprise. Une opération exécutée par la banque sur des justificatifs inexacts reste imputable à l’opérateur.

Les justificatifs : un dossier type à constituer

Pièce Importation de biens Importation de services Exportation Investissement
Contrat ou commande Oui Oui (contrat obligatoire) Oui Oui
Facture Oui Oui Oui Selon l’opération
Document douanier DUM Non DUM avec main levée Selon l’opération
Justificatif bancaire Avis de débit, formule Avis de débit, formule Avis de crédit, formule 5 ou 6 si compte en devises Formule 4 le cas échéant
Pièces fiscales TVA à l’import Retenue à la source, TVA autoliquidée Exonération TVA Droits d’enregistrement
Délai à surveiller Règlement à l’échéance Rapatriement des avances 150 jours Selon l’opération

Un classement par opération (un dossier numérique par contrat) facilite la réponse à une demande de la banque ou de l’Office.

Petit lexique du change

Terme Sens
Résident / non-résident Statut fiscal et de change, indépendant de la nationalité
Dirham convertible Dirham détenu par un non-résident, convertible en devises
Compte en devises Compte tenu par une banque marocaine au profit de certains exportateurs
Dotation Montant annuel autorisé pour une catégorie de dépenses (voyages, e-commerce)
Formule de change Justificatif délivré par la banque pour une opération de change
DUM Déclaration unique de marchandises (douane)
Rapatriement Retour des fonds issus d’une opération à l’étranger vers le Maroc
Cession Vente des devises rapatriées sur le marché des changes
Titre d’importation Document attestant la domiciliation d’une importation

Un glossaire affiché dans le service comptable aide les nouveaux collaborateurs à comprendre les messages de la banque.

Exemple : payer un abonnement logiciel à un éditeur étranger

Une PME règle 4 800 euros à un éditeur européen. Elle vérifie : l’opération est un règlement courant au profit d’un non-résident ; la facture correspond à une transaction effective au prix du marché ; la banque exécute le virement dans les conditions de l’IGOC ; l’éventuelle retenue à la source fiscale (si l’impôt est à la charge du non-résident, règlement net) est traitée ; la facture, l’avis de débit et le justificatif sont archivés avec le dossier comptable.

Les erreurs à éviter

  • Faire compenser des dettes entre filiales sans autorisation.
  • Payer en devises sur le territoire marocain (soumis à autorisation).
  • Négliger le caractère « effectif » de la transaction (prestation non justifiée, facture sans contrat).
  • Laisser expirer des dotations en fin d’année.
  • Ne pas conserver le dossier d’une opération avec l’étranger.

Cas particuliers et situations limites

Une entreprise veut payer un fournisseur étranger en compensation de créances. Les règlements par compensation nécessitent l’autorisation de l’Office des Changes, sauf cas prévus par l’Instruction.

Une société étrangère détenue par un résident facture au Maroc. La qualité de non-résident de la société s’apprécie selon son lieu d’établissement ; examiner les règles sur les avoirs détenus à l’étranger par des résidents.

Une personne physique résidente ouvre un compte à l’étranger. Cette opération nécessite l’autorisation préalable de l’Office des Changes, sauf exceptions prévues.

Un virement reçu de l’étranger est de montant inattendu. Conserver le justificatif de l’opération et signaler l’erreur à la banque ; la restitution est possible dans l’année qui suit.

Une entreprise utilise la carte d’un dirigeant pour des achats. Les dotations et justificatifs sont ceux de la société ; l’usage d’une carte personnelle pour des dépenses d’entreprise est à éviter.

Questions fréquentes

Une société marocaine est-elle toujours « résidente » ?

Toute personne morale marocaine est résidente au sens de l’IGOC. À l’inverse, une succursale ou représentation à l’étranger appartenant à une personne morale marocaine peut être considérée comme non-résidente, et les entités installées dans les places financières offshore et les zones d’accélération industrielle sont assimilées à des non-résidents.

Peut-on compenser une dette et une créance avec un partenaire étranger ?

Pas librement. Les règlements par voie de compensation sont expressément soumis à l’autorisation de l’Office des Changes.

Que faire si un paiement à l’étranger doit être annulé ?

Le donneur d’ordre ou la banque engage l’annulation dès confirmation par la banque étrangère. Elle se traduit, à due concurrence, par le rapatriement et la cession sans délai des devises transférées ou par le débit du compte en devises initialement crédité.

Combien de temps conserver les justificatifs ?

L’IGOC renvoie aux dispositions du code de commerce relatives à la conservation des documents, soit dix ans pour les documents comptables et pièces justificatives.

Textes de référence
  • Office des Changes, IGOC 2026, chapitre I — généralités, principes de base, modes de règlement

Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.

Rédaction ExpertiseComptable.ma

Articles rédigés par l’équipe du cabinet à partir des textes officiels et de la pratique des missions. Chaque article indique sa date de publication et, le cas échéant, de dernière revue.

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