- L’Offre Offshoring Maroc couvre la période du 1er juillet 2025 au 31 décembre 2030 et repose sur quatre paiements de l’État versés l’année suivante : AIR, AIS, PAE et PAF.
- L’AIR plafonne l’impôt sur le revenu de chaque salarié à 20 % de son revenu brut imposable (10 % en P2I secondaire ou en région sans P2I), au prorata de la part exportée.
- L’AIS prend en charge 56 % du taux d’IS appliqué à la part de bénéfice réalisée à l’exportation ; la prime à l’emploi vaut 17 % du revenu brut annuel par emploi stable créé, la prime à la formation 3,5 %.
- Ces mesures s’ajoutent à l’exonération d’IS de cinq exercices du CGI mais ne se cumulent pas avec les autres dispositifs de soutien à l’investissement de l’État.
Le Maroc a renouvelé en 2025 l’offre destinée aux sociétés qui exécutent à distance des services pour des clients étrangers. Contrairement à l’exonération fiscale du Code général des impôts, qui s’applique de plein droit, les nouvelles mesures prennent la forme de paiements de l’État effectués après coup, sur dossier. Cet article explique les quatre mesures, leur calcul et leurs limites.
Les montants et les taux principaux de l’offre sont confirmés par plusieurs sources de presse économique. Les seuils d’effectifs et de parts d’exportation proviennent de synthèses de la circulaire : ils figurent dans les annexes du texte officiel, que vous devez consulter avant de déposer un dossier.
Cadre général : un dispositif en deux couches
Il faut distinguer deux régimes qui se superposent :
- Le régime fiscal du CGI : exonération totale d’IS pendant les cinq premiers exercices consécutifs à compter du début d’exploitation, puis taux de 20 %, pour les sociétés qui exercent des activités d’externalisation de services dans ou hors plateformes industrielles intégrées (art. 6-II-B-4°). Voir l’article sur le régime fiscal de l’offshoring.
- L’Offre Offshoring Maroc 2025-2030 : une circulaire du Chef du gouvernement, applicable du 1er juillet 2025 au 31 décembre 2030, qui organise quatre aides financières.
Les objectifs affichés sont la création de 130 000 emplois directs stables, dont 50 000 d’ici 2026, et un chiffre d’affaires sectoriel de 40 milliards de dirhams. Les activités visées sont l’ITO (informatique), le CRM (relation client), le BPO (processus métiers), l’ESO (ingénierie) et le KPO (processus à forte valeur ajoutée) ; la liste n’est pas exhaustive.
Les quatre mesures
| Mesure | Principe | Plafond |
|---|---|---|
| AIR | Plafonnement de l’IR de chaque salarié à 20 % (ou 10 %) de son revenu brut imposable | Au prorata de la part exportée |
| AIS | L’État prend en charge 56 % du taux d’IS sur la part de bénéfice exportée | Néant pendant l’exonération d’IS |
| PAE | 17 % du revenu brut annuel par emploi stable créé | 300 000 MAD par salarié, une seule fois |
| PAF | 3,5 % du revenu brut annuel par recrue, pendant cinq ans au plus | 300 000 MAD par salarié, dans la limite du coût de formation |
Aucune de ces mesures ne modifie le barème de l’IR ni le taux de l’IS : l’entreprise paie d’abord l’impôt, puis l’État rembourse la fraction prévue l’année suivante.
L’AIR : plafonner l’IR des salariés à 20 %
L’avantage sur l’impôt sur le revenu fonctionne salarié par salarié :
- on calcule l’IR payé par le salarié sur l’année ;
- on le compare à 20 % de son revenu brut imposable (RBI), ou 10 % dans les plateformes secondaires (Fès Shore, Oujda Shore, Tétouan Shore) et dans les régions sans plateforme ;
- on retient la différence si elle est positive ;
- on additionne les différences de tous les salariés puis on multiplie par la part du chiffre d’affaires de services réalisée à l’exportation.
Avec le barème 2026, le plafond de 20 % ne joue qu’à partir d’un revenu brut annuel d’environ 255 000 MAD pour un salarié sans charge de famille, soit un peu plus de 21 000 MAD brut par mois. Le plafond de 10 % joue dès environ 155 000 MAD. Pour la plupart des agents d’un centre de contact, l’AIR est donc nul : il concerne surtout les cadres, ingénieurs et profils rares.
L’AIS : 56 % du taux d’IS sur la part exportée
L’avantage sur l’impôt sur les sociétés se calcule ainsi : bénéfice fiscal positif × part exportée × taux d’IS × 56 %. Au taux de 20 %, l’État prend en charge 11,2 points d’IS sur la partie du bénéfice réalisée à l’exportation.
Exemple : une société dont le bénéfice fiscal est de 5 000 000 MAD et dont 80 % du chiffre d’affaires est exporté obtient 5 000 000 × 0,80 × 0,20 × 0,56 = 448 000 MAD, et supporte donc un IS net de 552 000 MAD, soit 11 % du bénéfice. Elle n’y a droit qu’après la période d’exonération : pendant les cinq premiers exercices, l’IS est déjà nul.
La prime à l’emploi : 17 % du revenu brut annuel
La prime à l’emploi (PAE) est de 17 % du revenu brut annuel de chaque nouvel emploi stable direct, plafonnée à 300 000 MAD par salarié et versée une seule fois. L’emploi doit :
- être à durée indéterminée et à temps plein ;
- durer au moins 18 mois consécutifs (468 jours déclarés à la CNSS) ;
- être occupé par un salarié de nationalité marocaine ;
- hors fonctions support, cadres dirigeants et transferts entre sociétés d’un même groupe.
Exemple : 40 recrutements à 90 000 MAD de revenu brut annuel donnent 40 × 90 000 × 17 % = 612 000 MAD.
La prime à la formation : 3,5 % du revenu brut annuel
La prime à la formation (PAF) est un crédit ouvert à l’embauche, égal à 3,5 % du revenu brut annuel de chaque recrue marocaine, versé annuellement pendant cinq ans au plus et plafonné à 300 000 MAD. Elle rembourse des dépenses réelles :
- formation externe : le moins élevé de 3,5 % du revenu brut et du coût TTC de la formation ;
- centre de formation interne : 80 % de ces montants ;
- formations techniques liées à l’offshoring, avec au plus 30 % d’heures consacrées aux compétences comportementales, et au moins 18 jours (144 heures) par an et par bénéficiaire ;
- notification de l’ANAPEC 72 heures avant chaque session.
Exemple : 40 recrues à 90 000 MAD de revenu brut annuel, avec une formation externe à 4 000 MAD par personne, donnent 40 × min(3 150 ; 4 000) = 126 000 MAD.
Où s’installer : l’effet de la localisation
| Implantation | AIR | AIS | PAE et PAF |
|---|---|---|---|
| Plateforme P2I (Casanearshore, Rabat Technopolis…) | 20 % | Oui | Oui |
| P2I secondaire (Fès, Oujda, Tétouan) | 10 % | Oui | Oui |
| Hors plateforme, dans une région dotée d’une P2I | Non | Non | Oui |
| Région sans P2I | 10 % ou 20 % selon les critères | Oui | Oui |
Une société installée dans des bureaux ordinaires à Casablanca ou à Rabat perd donc l’AIR et l’AIS : le choix du site pèse sur la valeur de l’offre. L’exonération d’IS du CGI, elle, ne dépend pas de la plateforme.
Procédure et calendrier
Le dossier est déposé entre le 31 mars et le 31 mai de l’année N+1 auprès de l’AGCTN ou de sa plateforme numérique. Il comprend la demande, la liste des salariés, la déclaration des salaires (état 9421) certifiée, les bordereaux de paiement de l’IR, la déclaration de résultat certifiée, les attestations de chiffre d’affaires, de la CNSS et de régularité fiscale, l’extrait du registre de commerce et les coordonnées bancaires. Le comité technique de l’offshoring instruit les dossiers ; le paiement intervient dans un délai de 60 jours ouvrables à compter d’un dossier complet. Un dossier incomplet peut être annulé 18 mois après son dépôt initial, après relance. Des contributions trop élevées doivent être restituées dans les 60 jours ouvrables.
Les règles de non-cumul
- L’AIR et l’AIS ne se cumulent pas avec les autres dispositifs de soutien à l’investissement de l’État (charte de l’investissement).
- La PAE est exclue lorsqu’une convention spécifique de prime à l’emploi existe avec l’État.
- La PAF ne se cumule pas avec les contrats spéciaux de formation de l’OFPPT ni avec les programmes d’employabilité de l’ANAPEC.
Ce qu’il faut retenir avant de décider
- Chiffrez les quatre mesures séparément : l’AIR dépend de vos niveaux de salaires, l’AIS de la fin de l’exonération, la PAE et la PAF de vos recrutements.
- Prévoyez la trésorerie : l’État paie l’année N+1, après dépôt et instruction du dossier.
- Tenez une comptabilité et des états sociaux propres à l’offshoring : part exportée, effectifs au 31 décembre, justificatifs de formation.
- Comparez avec d’autres régimes avant de vous engager : les non-cumuls peuvent coûter plus cher que l’avantage escompté.
Pour estimer vos propres montants, utilisez le simulateur offshoring.
Questions fréquentes
À quelle date l’offre offshoring s’applique-t-elle ?
Les mesures s’appliquent à compter du 1er juillet 2025 et jusqu’au 31 décembre 2030. L’AIR et l’AIS concernent les exercices à partir de 2025. Les demandes déposées avant le 1er juillet 2025 au titre de l’ancien dispositif restent régies par la circulaire de 2022.
Les mesures de l’offre offshoring sont-elles automatiques ?
Non. Ce sont des paiements de l’État effectués après coup, l’année N+1, sur un dossier déposé entre le 31 mars et le 31 mai. Le comité technique de l’offshoring instruit les demandes.
L’AIS est-il versé pendant la période d’exonération d’IS ?
Non. L’AIS correspond à une prise en charge d’une partie de l’IS dû. Pendant les cinq exercices d’exonération totale, l’IS est nul : l’AIS est donc de zéro. Il prend le relais à partir du sixième exercice.
Peut-on cumuler l’offre offshoring et la charte de l’investissement ?
L’AIR et l’AIS ne se cumulent pas avec les autres dispositifs de soutien à l’investissement de l’État. Il faut donc comparer, projet par projet, la valeur de chacun avant de choisir.
- CGI 2026, art. 6-II-B-4° — exonération totale d’IS pendant cinq exercices pour les sociétés d’externalisation de services
- CGI 2026, art. 19 et 247-XXXVII — taux d’IS de 20 % et de 35 %
- Circulaire du Chef du gouvernement n° 15/2025 relative à l’Offre Offshoring Maroc (application du 1er juillet 2025 au 31 décembre 2030)
Cet article présente des règles générales à la date indiquée ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation.
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